Quand la fin justifie les moyens

Par Mercredi 27 août 2014 Permalink 42

Tout a vraiment commencé par un mensonge; énorme, démagogique, veule; la fulgurance, comme on dit maintenant,  lui est venue dans un meeting de Seine St Denis. La sueur froide de l’orateur perlait sur son front. L’enthousiasme de la foule de gauche était à son comble. La finance devenait le temps d’une minute son ennemi.

Enorme ce mensonge, car complètement impossible que le futur chef d’état d’un des grands pays industrialisés soit en conflit avec la finance mondial. Pourtant les gens y ont cru naivement, plein d’espoir après l’histoire de la titrisation des prêts pourris. C’était normal au fond ce qu’il déclarait!

Démagogique ce mensonge, car il a bien senti qu’en choquant le bourgeois, il plairait. On assistait à de l’éloquence creuse, un morceau de sophistique d’un homme sans conviction. Mais il s’agissait juste de persuader plus de 50% d’électeurs; on verrait plus tard!

Veule enfin ce mensonge, car montrant un penchant à nier les réalités, à refuser l’obstacle, à caresser dans le sens du poil pour ne pas heurter par des vérités dérangeantes. La lâcheté en guise de programme et la faiblesse en guise de gouvernance!

Après avoir présenté ses excuses à la city au cours d’un bref voyage, le monde de la finance a compris à qui il avait à faire et fut rassuré en le trouvant moins clivant que le sortant.  Alors les media l’ont soutenu. Les français ne voulaient rien voir et l’ont élu pour se débarrasser de l’autre qui avait tant promis sans jamais rien tenir. Le nouveau ne ferait pas pire, croyait-on, et pourtant…

Pourtant à peine élu, chacun comprit. Sa mission était surtout de ne pas faire de vagues, de ne pas réveiller les banlieues, de collecter l’impôt sans rien changer (dehors la réforme fiscale!), de louer la commission européenne, de soutenir Mario Draghi. Pour l’Allemagne, il suffisait d’embrasser Angela Merkell à chaque fois qu’une caméra s’approchait pour montrer une complicité fictive!  Bref l’inaction pour politique,  la réthorique pour dissimuler, l’image pour l’illusion.

Aujourd’hui la France a compris. La temporisation gouvernementale exalte au lieu d’apaiser. La finance tente de prendre les rênes au grand jour mais c’est trop tard. La France vit simultanément une crise sociale, une crise identitaire, une crise politique, une crise économique et demain une crise institutionnelle. ça fait beaucoup pour que ce ne soit pas en fin de compte révolutionnaire.

Ce mercredi est la rentrée du quatrième gouvernement en deux ans et à la veille d’une colossale mutation les nouveaux ministres se pavanent comme si de rien n’était dans la cour de l’Elysée.

Frédéric Le Quer


 

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