Erdogan ou le déni de démocratie

Par Lundi 2 novembre 2015 Permalink 6

Recep Tayyip Erdogan, le président turc, propose par exemple de renoncer à l’alcool et plutôt manger du raisin, déclare que les hommes et les femmes ne sont pas égaux et  favorise au sein de l’état le port du voile islamique.

Avant les élections d’hier, la police a harcelé et perquisitionné dans deux stations de télévision, l’état a arrêté leurs émissions, une liste d’une centaine de nom a été publiée pour atteinte à la sûreté de l’état; voici pour un coté! De l’autre, pour faire bonne mesure, il y eut des arrestations massives de partisans de l’Etat islamique.

Les médias internationaux inquiets ont fait état avant les élections d’une série d’événements survenus ces deux derniers mois, notamment deux attaques contre le siège du quotidien Hurriyet, une agression dont a été victime le journaliste Ahmet Hakan Coskun, l’assaut de la police contre le siège du groupe de Koza Ipek Media, et la détention de trois journalistes travaillant pour Vice News, ainsi que d’autres poursuites et arrestations.

« La liberté de faire campagne a été considérablement entravée par les mauvaises conditions, en particulier dans les zones spéciales où des couvre-feux ont été décrétés », s’est alarmée la mission d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Ce ne sont que quelques exemples concernant le contexte des élections que Recep Tayyip Erdogan a largement remporté hier. Mais les médias de l’Union Européenne sont ravis. Hors de question de critiquer les renoncements démocratiques survenus au fil de la campagne. L’AKP, le parti du président remporte une magnifique victoire! Circulez! Il n’y a rien à voir!

Depuis trois ans que Erdogan s’est détourné du camp de Assad en Syrie, il est devenu un grand ami de l’UE et qu’importe sa conception de la démocratie, vu que l’organisation n’est elle-même pas très regardante…

Depuis la visite d’Angela Merkel, décidément très en forme en ce moment, l’adhésion de la Turquie dans l’Union Européenne revient sur le tapis et qu’importe la liberté d’expression et la question kurde du moment que des accords sont trouvés concernant la crise des réfugiés.

Dorénavant de plus en plus la démocratie s’arrête là où commence l’idéologie de l’Union Européenne. Tout devient permis à partir du moment où l’on est favorable à ses prises de position. Alors que la Turquie dérive en une autocratie avant de devenir une théocratie, cela n’importe pas. Mais c’est encore un islam radical qui s’installe clairement à sa porte et tous les citoyens européens en subiront un jour les conséquences.

Frédéric Le Quer