Émile Gallé (1846-1904), l’ébéniste

Par Dimanche 3 août 2014 Permalink 23

Le mobilier Art Nouveau est véritablement promu par Émile Gallé. Théoricien et animateur de l’école de Nancy, il débute son activité d’ébéniste en 1885. Si ses meubles les plus beaux sont des pièces uniques, il n’hésite pas, en accord avec sa volonté de démocratiser l’art, à organiser dans ses ateliers une production industrielle de série.

À l’occasion de l’exposition  universelle de Paris en 1889 ses véritables chefs-d’oeuvres en bois ravissent le public! Le matériau issu principalement de la forêt et de la campagne lorraine est parfois rehaussé de nacre ou de cabochons de verre. Plus encore qu’avec les vases, son travail montre sa soumission quasi exclusive à la nature. Décors et moulurations s’inspirent de ses grandes connaissances en botanique. La marqueterie est élaborée à partir de la palette de couleur diversifiée des bois. Tel un philosophe ou un poète , son symbolisme l’incite à mêler à son œuvre toutes sortes de quatrains, de citations ou d’inscriptions empruntées à Baudelaire, Victor Hugo, Verlaine ou Mallarmé.

L’influence du mobilier japonais dans un premier temps puis du XVIIIe siècle et de la rocaille marque sa production. Il en résulte des meubles étranges, peut-être pas si nouveau que ça dans leur conception, où la flore et la faune (l’entomologie est l’objet d’un grand engouement à cette époque )  règnent aussi bien sur le décor que sur la forme même. Le guéridon aux trois libellules vers 1900 est un bel exemple de cette production sculptée avec marqueterie en bois précieux où la forme de l’insecte est intensifiée jusqu’à la limite du grotesque . Son ultime période au début des années 1900 marque un retour aux lignes sobres et épurées, tel le lit intitulé « Aube et Crépuscule » du musée de l’Ecole de Nancy.

Impossible ici  de ne pas mentionner Louis Majorelle (1859-1926), autre nancéien. Si la nature s’impose moins dans son oeuvre, il  réagit plus en ébéniste et il recherche, avant tout, la fonctionnalité d’un meuble.  Ses pièces n’en restent pas moins somptueuses. Il fabrique aussi de série des meubles de bonnes qualité à des prix abordables.

Les meubles d’Emile Gallé restent très prisés. Une table à thé produite de série en état d’usage, systematiquement signée avec des caractères de fantaisie ne se négocie jamais moins de deux mille euros.  Ses œuvres uniques ou presque s’envolent à des dizaines de milliers d’euros. Il faut compter plus de cinquante mille euros pour un guéridon  libellule par exemple!

L’art accessible à tous était un rêve et même un objectif  dans l’esprit de ce bourgeois protestant, sévère mais épris de générosité qu’il a d’ailleurs démontrée par des legs très  généreux  à son personnel au moment de sa mort. Reconnu mondialement de nos jours il  est devenu désormais un privilège de posséder l’une de ses fabrications.

Frédéric Le Quer

 

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