Emile Gallé (1846-1904) : la création verrière

Par Mardi 15 juillet 2014 Permalink 21

Emile Gallé est en France l’artiste art nouveau par excellence. L’école de Nancy dont il est le chef de file représente le courant naturiste de ce mouvement de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Son émerveillement pour l’art japonais est la raison pour laquelle nous évoquons le fondateur de l’école de Nancy après avoir à trois reprises souligné l’influence asiatique sur la culture européenne.

La sévère éducation protestante qu’il reçoit de son père, céramiste, le baigne dès son enfance dans le monde de l’art et de l’artisanat. Ses goûts éclectiques l’amènent à étudier l’histoire de l’art, la botanique, la zoologie, la philosophie, le dessin, la sculpture! Mais le verre sera son grand oeuvre.

Sa méthode de base repose sur des procédés chinois utilisés sous la dynastie Han (-200 à + 200 de notre ère) pour la fabrication des tabatières: des couches superposées avec des décors gravés en intaille. Renouant avec les couleurs il mène des recherches chimiques sur la matière et la cuisson. Il expérimente le façonnage à chaud, la taille, la gravure à l’acide, ou à la roue, la marbrure, les émaux ou encore la marqueterie.

Mais son influence majeure ne vient ni de chine, ni des verreries anciennes vénitiennes ou islamiques qui le séduisent. Non sa grande affaire c’est le Japon. Enthousiasmé par cette culture suite aux visites des musées de Londres et Paris, initié plus tard à l’art horticole nippon par un ami japonais venu travaillé à Nancy, il sublime par cet apport lointain les véritables sculptures en verre que sont ses vases, prouesses de virtuosité technique et esthétique. Sa sensibilité lui permet de tirer la quintessence de cette culture qu’il éprouve d’abord dans ses céramiques avant de donner toute l’ampleur de son génie dans ses verreries d’art.

La nature est son violon d’Ingres. Devenu un botaniste émérite collectionnant les honneurs (secrétaire de la Société centrale d’horticulture de Nancy) et les végétaux dans son jardin et même dans les parterres de sa manufacture, il cherche et réussit à représenter la quintessence de la plante dans son travail. Son amour pour la flore et la faune donne à ses œuvres une puissance aussi sensuelle qu’intellectuelle.

Ses créations d’une sophistication tant esthétique que technique profondément innovante donnent au sein du mouvement art nouveau un caractère original à l’école de Nancy.  Les plantes les fleurs, les insectes, les poissons sont les sujets de prédilection traités avec légèreté, grâce, délicatesse. Asymétrie et ton pastel sont de règle. Romantisme, symbolisme, langage des fleurs, mouvements ondoyants, plantes sinueuses font obtenir à Gallé et à l’école de Nancy un succès rapide aussi bien à Paris qu’à l’étranger.

Engouement aussi intense que de courte durée: il s’éteindra  avant la première guerre mondiale remplacé par les prémices de l’art déco. Ce sera seulement au début des années 1980 qu’Emile Gallé sera redécouvert… par des collectionneurs japonais!

Frédéric Le Quer

Verre doublé vert sur fond blanc nuancé orange. Décor de capillaires gravé en camée à l'acide.

Verre doublé vert sur fond blanc nuancé orange. Décor de capillaires gravé en camée à l’acide.