Emile Bernard (1868-1941)

Par Dimanche 13 novembre 2016 Permalink 1

La bonne famille bourgeoise d’Emile Bernard l’autorise à vaquer à ce qu’il aime. Malgré ses inventions picturales très jeune, le peintre n’est pas reconnu à la hauteur de son talent.

Dès 18 ans il part à pied, sous un soleil de plomb, de Paris en Bretagne. Rebelle au naturalisme encore à la mode, il veut mettre le créateur au cœur de l’oeuvre à travers le symbolisme. L’homme brillant ne s’arrête pas là et se sert de la technique du cerne pour mettre au point le cloisonnisme indéniablement inspiré des estampes japonaises et de la technique du vitrail. Des traits bleus entoure des aplats de couleur pure pour mettre en évidence des formes simplifiées, non pas telles qu’elles sont dans la réalité mais telle qu’on s’en souvient plus tard, après les avoir vues.

Cette évolution ne fut possible que dans le cadre de discussions multiples au sein des nombreux artistes habitant Pont Aven. La brouille d’Emile Bernard avec Paul Gauguin, son aîné de vingt ans, pour savoir qui fut exactement à l’origine du symbolisme synthétique peut difficilement être tranchée, l’un améliorant les idées de l’autre et réciproquement. Néanmoins incontestablement, le tableau d’Emile Bernard « Bretonnes dans une prairie » (photo en une) précède « La vision après le serment » toile de Paul Gauguin (ci-dessous) nettement inspirée de celle de son cadet, mais il y a ce rouge… Alors l’histoire oublie Bernard pour ne retenir que Gauguin… Même ses contemporains lui en veulent de chercher à remettre en cause l’idole du synthétisme qu’est devenu son ancien ami.sam_2277

Emile Bernard dépitée quitte la France, va vivre en Egypte, se transforme en peintre orientaliste (ci-dessous, Campement arabe présenté à Drouot fin 2014 par Gros et Delettrez svv qui avec une estimation basse à 20 000 € ne trouva pas preneur) et devient dans ce genre un peintre fort apprécié du milieu artistique de l’époque.sam_2278

Très tôt l’éclectique Bernard tente de se faire une place dans les milieux littéraires avec une fortune diverse. Il exalte dans ses vers appréciés d’Apollinaire, une foi chevillée au corps. Ses opinions réactionnaires le lient un temps à Marinetti avec lequel il finit par se disputer quand il écrit le manifeste futuriste (mouvement artistique étroitement lié avec le fascisme italien) rompant trop avec ses propres théories picturales. L’art moderne souffre pour le peintre, « des abus d’une culture abrutissante et insensible. »

Il devient l’illustrateur magnifique des œuvres de Victor Hugo ou de Baudelaire (ci dessous illustration pour les fleurs du mal), de Ronsard… Admirateur des premiers livres édités au XVe siècle, Emile Bernard pratique essentiellement la technique difficile de la gravure sur bois.sam_2275

Frédéric Le Quer