Du rififi à la BCE

Par Dimanche 17 janvier 2016 Permalink 1

Les minutes de la BCE, compte rendu de la réunion de politique monétaire en date des 2 et 3 décembre derniers, sont parues le 14 janvier. Elles font état de 2 rapports:

Le rapport de M. Coeuré prend en compte le relèvement des taux américains encore à venir à cette date tout en constatant avec le marché que la hausse sera plus faible qu’attendu par les membres du FOMC et aussi plus faible que lors des précédents relèvements de taux. Concernant les taux souverains européens la plus forte baisse du 2 ans par rapport au 10 ans est mise sur le compte soit de l’attente par les marchés d’une baisse des taux directeurs de la BCE plutôt qu’à un plus gros QE (achat d’actifs) soit que compte tenu du faible rendement sur le 10 ans les investisseurs préfèrent ne pas trop s’y risquer. Le jeu n’en vaudrait pas la chandelle…

Le rapport de M. Praet, le plus important, parle d’une reprise de l’économie mondiale inégale et modérée. Commerce mondial stabilisé à des niveaux bas, inflation mondiale modérée avec des prix du pétrole pas prêts de monter. Pour la zone €, il constate la croissance de la consommation privée qui contribue positivement au pib. L’inflation même sous jacente (hors énergie et alimentation) ne cesse de baisser. Il constate les taux historiquement bas offerts aux entreprises. Il constate aussi la forte croissance du montant des dépôts à vue! M. Praet  souhaite voir les dépôts  des banques à la BCE passer de – 0,20 à  -0,30%, poursuivre le QE au-delà de  ce qui était prévu l’élargir à d’autres produits financiers. Il suggère que pour renforcer la reprise, ces changements assureraient des conditions financières accommodantes et renforceraient l’impact de l’assouplissement substantiel des mesures prises depuis Juin 2014.

C’est là que les athéniens s’atteignirent…

Pour ce qui était de l’analyse économique, tout le monde était d’accord: La reprise est à un rythme plus faible qu’attendu. La demande intérieure n’est pas trop mauvaise mais les émergents pèsent sur le commerce mondial et la croissance. Les perspectives sont « incertaines » (un euphémisme!). Risques géopolitiques soulignés. Perspectives de croissance « fragiles ». Les membres on évoqué le fait que le chomage dans la zone € ne passerait pas sous les 10% d’ici 2017, que l’investissement reste faible, que la confiance des entreprises a peu de chance de s’améliorer dans les mois à venir. Vraiment rien de réjouissant!

Mais la majorité des banquiers centraux a souligné que la politique monétaire ne pouvait pas tout et les propositions de M. Praet (à part le coût supplémentaire de 0,10% pour les banques) ont été retoquées. Les pays doivent prendre des mesures d’incitation à l’offre (cela dit quand ya pas de sous pour dépenser comment font les ménages???) et les politiques budgétaires doivent respecter les règles existantes. Large consensus pour des réformes structurelles dans les pays de la zone € pour augmenter le taux de croissance potentiel et pour engager dans certains pays (?) une restructuration du secteur bancaire.

Du coup pas de QE supplémentaire décidé en décembre, mais au train où vont les choses sur les marchés financiers, M. Praet et ses amis colombes n’ont pas dit leur dernier mot…

Frédéric Le Quer