Du laque au vernis Martin

Par Vendredi 11 juillet 2014 Permalink 16

La série commencée à propos de l’influence de la culture asiatique sur les occidentaux en traitant de la route de la soie, de la Compagnie des Indes et des estampes japonaises se poursuit.

Si la laque est un nom commun féminin au moment de sa récolte sur l’arbre appelé Toxicodendron Verniciflumm (ou Rhus Vernicifera), la sève une fois traitée artistiquement devient le laque, nom commun masculin.  Subtilité linguistique politiquement bien incorrecte par les temps qui courent! Une matière blanchâtre, répugnante et toxique extraite par incision sur le tronc  est transformée en un délicat vernis. Cette  résine trouve ses lettres de noblesse, après avoir été utilisée pour imperméabiliser le bois, dans l’ajout de pigments offrant une belle polychromie à ses qualités naturelles. Uniquement maîtrisé par les chinois et les japonais jusqu’au XVIIIe siècle le laque n’a jamais quitté le devant de la scène des arts décoratifs.

Des panneaux importés d’Asie au commencement par des marchands portugais aux louanges pour ce produit intarissables vont faire l’objet d’un commerce international florissant. En France, les marchands-merciers, corporation ayant obtenu le monopole de ce négoce  vendent à prix d’or ces décors d’oiseaux, d’insectes, de bambous et autres végétaux qui serviront de panneaux centraux aux riches meubles d’une clientèle particulièrement aisée et admirative aux XVIIe et XVIIIe siècles. A noter que les ébénistes plus intéressés par la matière et ses couleurs que par les scènes reproduites les découpent de façon assez négligente afin de les plaquer et les enchâsser sur leurs créations.

Evidemment les vernisseurs français et européens vont chercher à reproduire à l’aide de matière première indigène la dureté et en même temps la délicatesse de celle venue d’orient. C’est alors qu’intervient une famille d’artisans, les Martin.

D’abord par Guillaume qui dans les années 1720 laque boites et miroirs, puis avec ses frères Julien et Etienne-Simon il prit une autre dimension en s’attaquant au mobilier. Si ils furent portés avec la mode des chinoiseries  à réaliser des fonds noir ou rouge ils les délaissèrent par la suite, la mode changeant,  pour une diversification des couleurs s’adaptant mieux aux intérieurs rocailles. Les supports vont aussi évoluer. Fort de leur maîtrise du vernis les Martin l’applique, par exemple, à du papier mâché utilisé pour les tabatières aux décors variés et précieux. C’est tout un art de vivre qui se répand dans différents secteurs des arts décoratifs. Le processus d’élaboration du vernis Martin n’a été compris que dernièrement avec les analyses menées par la Laboratoire de recherche des Musées de France.

Il faut rendre hommage à l’Asie qui a su comprendre l’intérêt de la laque une fois travaillée. Source d’inspiration inépuisable pour la réalisation de meubles ou même de pièces en boiserie laquée, ce matériau continue après cinq mille ans d’existence d’être loué par les amateurs éclairés partout dans le monde.

Frédéric Le Quer

 

Ancien laque de Chine

Ancien laque de Chine