Drouot, Utrillo et les autres…

Par Jeudi 2 juin 2016 Permalink 3

La vente d’hier à Drouot de la SVV Kohn Marc-Arthur mérite qu’on s’y arrête un instant. Deux salles en sous-sol étaient réquisitionnées pour vendre des œuvres d’art modernes et contemporaines. Une partie de la vente était constituée de tableaux ayant appartenu à Maurice Utrillo, à sa mère Suzanne Valadon et à sa femme Lucie Valore.

Des estimations exubérantes ont tant refroidi le public que rares sont les fois où autant de biens se voient ravalés (i.e. non vendus) alors que certains avaient un indéniable intérêt. Olivier Debré, César, Ben, Paul Delvaux sur plusieurs tableaux dont l’estimation la plus élevée atteignait 300 000 €, Duchamp, et d’autres que des beaux noms, non pas trouvé preneur. Quand les évaluations sont à plusieurs dizaines de milliers d’€, difficile en ce moment de trouver en France la clientèle… Elle existe mais préfère acheter à l’étranger! Du coup, même une jolie aquarelle sur papier d’Olivier Debré fut invendue à moins de 5000 €, gamme de prix typique de la classe moyenne supérieure décidément actuellement aux abonnés absents! Le plus comique était l’estimation d’un dinosaure de Claude Lalanne de 5 m 40 de long entre 600 000 et 800 000 € hors frais que l’hôtel Drouot avait installé dans le hall d’entrée. (voir ci-dessous).SAM_1310
Le commissaire priseur ne chercha même pas à faire semblant et constata l’absence de client à 250 000 €. Citons aussi le Lucio Fontana (l’artiste qui trompe l’œil avec des toiles qui ont l’air déchiré mais qui ne le sont pas) assez banal qui entre 1,2 million et 1,6 million d’estimation délirante restera scotché à son propriétaire! En fait au cours de cette partie de la vente, seuls les multiples se vendirent, même assez bien dans le cas des lithos de Takashi Murakami (vous savez l’artiste japonaise un peu zinzin), toujours très à la mode, qui tournèrent autour de 1500€.

Cinq huiles et une gouache de Maurice Utrillo étaient à vendre. Seuls furent vendus le tableau en une de l’article qui fit frais compris un peu plus de 90 000 € et un autre représentant une vue de village atteignit 40000 € frais compris. Il eut été dommage qu’un si grand peintre passât complètement à coté…

Et puis vinrent ensuite les tableaux de la femme d’Utrillo et de son entourage datant du milieu du XXe siècle.(photo ci-dessous)SAM_1309
Dans le genre croûte, c’était du très lourd! Ces artistes faisaient du naïf pour éviter de devoir faire du beau! Alors, la vacation qui avait débuté sur des sommes rêvées astronomiques se finissait en vente courante dans laquelle les marchands achetaient par lots, soit entre 10 et 15 € le tableau, ce genre de peinture de gens très en vue de leur temps, surement aussi assez snobs, les portraits de « chienchien à sa mémère » se multipliant, mais dont le talent était médiocre.

« Vanitas vanitatum omnia vanitas » s’écrièrent quelques latinistes adeptes des enchères pour clore les débats alors que d’autres leur répondirent nonchalamment « sic transit gloria mundi »!

Frédéric Le Quer