Drouot: hiatus entre estimation et prix de vente

Par Mercredi 16 décembre 2015 Permalink 5

L’heure à l’hotel Drouot est aux ventes de prestige. Les résultats à six chiffres sont fréquents en cette période avant Noel. Cet entrefilet souhaite souligner deux adjudications sortant un peu de l’ordinaire ayant eu lieu lundi 14 décembre.

La première concerne l’huile sur toile 68 x 57, 5 cm en une, signée de Jean Siméon Chardin décrit minutieusement comme suit au catalogue: « Six pêches ou un peu plus sont posées sur une corbeille. Entre elles, des feuilles vertes. Un bocal à moitié rempli de fruits. Il est cerclé d’osier et recouvert d’un tissu blanc maintenu par un bout de ficelle. A droite, un bol et une cuillère en suspension. Ils sont sur un entablement de pierre qui avance le tableau dans l’espace. La courbe de la table, parallèle à l’arc de cercle de la corbeille de pêches, et la ligne de la cuillère, légèrement en diagonale, se rejoignent au pied du bocal et ouvrent ainsi l’espace vers le spectateur. Ces quatre objets, soigneusement choisis, sont resserrés au centre du tableau laissant entrevoir la pointe d’un mur à gauche. La lumière révèle les ombres, celle de la cuillère en suspension, son reflet sur le bol et l’ombre portée du bol. Tout n’est qu’ordre et beauté, calme et silence. » De provenance prestigieuse, la société de vente Mathias – Baron Ribeyre & Associés, Farrando SVV, n’ a pas hésité à proposer une estimation allant entre 350 000 et 400 000 €. Elle était beaucoup trop timide puisqu’il fallait prévoir pour l’emporter plus de 2,1 millions d’euros! Diderot pouvait sortir de sa tombe et s’exclamer à nouveau:  » ô Chardin, ce n’est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette; c’est la substance même des objets, c’est l’air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches à la toile. »

La seconde concerne un bronze tibétain représentant une divinité agenouillée (photo ci-dessous) vendue par Drouot Estimation svv comme suit:  « Divinité agenouillée en bronze doré tenant le vajra et le ghanta. La couronne et les bijoux ornés de pierres de couleurs. Fin du XVIIIème siècle. H.: 26 cm. Accident à sa jambe gauche. Pierres manquantes. Usures à la dorure. Sujet à refixer sur sa base ». Rien de très glorieux mais compte tenu de l’ancienneté, l’estimation s’est arrêtée assez précisément entre 2 000 et 2 200 €. C’était sans compter avec le marché chinois qui comme à son habitude est capable de tous les excès pour rapatrier dans le pays les objets qu’il estime devoir l’être. Le marteau n’est tombé qu’après avoir vu l’estimation multipliée par cent ce qui avec les frais approche les 270 000 €! A n’en pas douter le vendeur passera d’excellentes fêtes de fin d’année avec une cagnotte inespérée…SAM_0926

Frédéric Le Quer