Le doute

Par Mardi 25 novembre 2014 Permalink 28

La période actuelle est trouble. Le sentiment que personne n’a de vision politique à six mois est prégnant. Le cadre uniquement français est largement dépassé. Au niveau européen et mondial le doute habite les citoyens à la vue de dirigeants incapables de soulager économiquement les classes moyennes, de sortir de l’ornière les miséreux dont le nombre ne cesse de croître, d’éviter l’enrichissement outrancier des plus aisés.

En occident, les pantins élus suivent aveuglément les solutions bancales des banquiers centraux. A l’évidence, rien d’autres ne semble envisageable que la création monétaire prônée alternativement par la FED, la BOJ ou la BCE. Quand la FED s’arrête un moment, la BOJ reprend le témoin vaillamment. La BCE reste en embuscade, arme au poing, prête aussi à tirer.  Cette dernière, devant le gratin de l’orthodoxie économique allemande pour le moment sur la réserve pour ne pas dire sur la touche, s’est dite partante pour faire feu de tout bois et pour intensifier les rachats d’actifs, ce qui est en clair de la création monétaire pure et simple. Les dernières informations montrent aussi une banque centrale chinoise dans le même état d’esprit!

Cette solution monétaire est la raison du doute lancinant qui envahit les populations. Les décideurs naviguent à vue, éberlués par ce qu’ils entreprennent, incertains sur l’issue, mais cherchant coûte que coûte à prolonger cette situation précaire plutôt qu’à ouvrir une porte vers l’inconnu. La croissance pour réapparaître devrait voir les taux d’intérêt de l’épargne devenir nettement négatifs afin que l’argent prenne le risque se placer dans les investissements. Aucune chance pour que cela arrive, alors les banques centrales en impriment espérant qu’une partie de cette impression monétaire soit productive pour l’économie.

Mais cette partie se réduit comme peau de chagrin. C’est le roman de Balzac où à chaque désir exaucé par la peau magique pour son propriétaire, elle se racornit automatiquement, comme à chaque QE, celui-ci est de moins en moins efficace. Le héros balzacien meurt désirant encore vivre mais la peau de chagrin a trop été utilisée pour encore être utile. Le flot d’argent déversé, à mesure que le temps passe devient lui aussi parfaitement inefficace à soutenir l’économie mondiale.

Ce choix planétaire, puisque la mondialisation est dorénavant le seul concept admis, loin d’entraîner l’adhésion sème le doute sur la légitimité de ceux qui le prennent. S’ils persistent, au vue de résultats mauvais et malgré la propagande intensive sur leur omniscience, ce doute se transformera en animosité pur et simple à l’encontre de tous les dirigeants et cette lutte des classes, que pendant un temps Warren Buffet a pensé avoir gagné, renaîtra de ses cendres. Le doute actuel est le terreau des bouleversements à venir. C’est la condition du retour aux états souverains et démocratiques.

Frédéric Le Quer

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