Donald Trump, anti système

Par Mardi 15 décembre 2015 Permalink 4

Vue la façon détestable dont les médias traitent Donald Trump, le candidat à l’investiture du parti républicain pour devenir le successeur de Barack Obama, le citoyen frondeur peut penser que l’homme n’est surement pas totalement mauvais, au contraire! En le qualifiant d’histrion, les beaux esprits ne cessent de déclarer que sa candidature va se dégonfler, que ses prises de position sont absurdes, que les sondages exagèrent ses scores à venir.

En effet, il n’est pas le candidat du système… Mais plus il provoque, plus il se fait des alliés dans la population américaine. Il appuie sur les bouleversements en profondeur en train de se passer dans la société. En les relayant, il met des mots sur ce que les américains n’osaient pas qualifier, eux aussi brimés par le politiquement correct. L’establishment est révolté par ses outrances. L’électeur est soulagé d’être pris en compte. Alors les journaux ou les télévisions d’information se déchaînent contre lui exactement comme les médias français combattent Marine Le Pen à l’approche d’une élection. Tout est bon pour le faire chuter. Il est même qualifié de plus grande menace depuis Ben Laden! Pour le moment, les gens ne sont pas encore dupes mais on sait ici, en France, que la propagande menée avec acharnement soulève des montagnes!

Donald Trump surfe sur deux malaises. D’abord, la crise qui voit les classes moyennes s’appauvrir sans espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants. C’est le rêve américain qui part en lambeau avec la financiarisation et la mondialisation de l’économie. Le capitalisme dévoyé qui s’installe par Wall Street, tue celui qui donnait des perspectives de réussite à tous à condition d’être entreprenant, travailleur et intelligent. Le système est devenu contre l’égalité des chances à la naissance.

Ensuite l’immigration qui accentue l’anxiété des américains. Voulue par les classes supérieures, les citoyens la ressentent de plus en plus comme une menace. Elle les met en concurrence et empêche les hausses de salaire. Elle les insécurise aussi par la violence qu’elle engendre. L’islam rallie contre elle toutes les méfiances et les électeurs républicains d’après des sondages qui n’ont pas peur de mettre les pieds dans le plat, pensent à 76% que les valeurs de l’islam sont incompatibles avec le style de vie américain, à 71% que les musulmans représentent une menace assez sérieuse et donc assez logiquement à 43% qu’ils devraient faire l’objet d’une surveillance par le gouvernement en tant que terroristes potentiels (chiffres donnés par le site slate.fr). L’Amérique, la première puissance militaire au monde, a peur et il serait déraisonnable de hausser les épaules avec mépris sans entendre ses récriminations.

Donald Trump est la figure du businessman ayant démarré sa carrière dans les années 70. Pour l’Amérique, il fait revivre une époque regrettée mais révolue, qui a laissé place au ressentiment et à la colère face à le dureté de la vie actuelle. Alors l’homme loin de disparaître du paysage politique, comme le voudraient les médias, se découvre jour après jour une chance de plus en plus grande d’être investi par son parti en représentant une nostalgie, une recherche du temps perdu mais aussi une réaction claire contre le système.

Frédéric Le Quer