D’hélicoptère Ben à hélicoptère Draghi

Par Lundi 21 mars 2016 Permalink 4

L’idée d’imprimer de grosses sommes d’argent pour les distribuer gracieusement aux ménages et aux entreprises sortit du cerveau fécond de Milton Friedman. Ben Bernanke la popularisa dans son discours de novembre 2002 en tant que nouveau gouverneur de la Réserve Fédérale. Le sobriquet lui est resté.

La lutte contre la déflation est la préoccupation principale de tous les banquiers centraux. L’effondrement de la demande globale pousse les producteurs à baisser leur prix de vente pour trouver des acheteurs. Les acheteurs passent néanmoins leur tour espérant payer toujours moins cher plus tard. Le cycle infernal est lancé. Durant la grande récession de 2008- 2009, un erzatz de la solution consistant à donner de la monnaie fiduciaire aux gens fut appliqué immédiatement au travers les achats d’actifs (obligation hypothécaires et bons du trésor) permis par les QE successifs. De l’argent venu de nul part permit de gonfler la valeur des actifs, ceux des plus riches qui n’ont guère besoin de dépenser plus.

« Le gouvernement américain a une technologie, appelée une presse à imprimer (ou, aujourd’hui, son équivalent électronique), qui lui permet de produire autant de dollars américains qu’il le souhaite sans frais. En augmentant le nombre de dollars américains en circulation, ou même en menaçant de façon crédible de le faire, le gouvernement américain peut également réduire la valeur d’un dollar en termes de biens et services, ce qui équivaut à une augmentation des prix en dollars de ces produits et prestations de service. Nous concluons que, dans un système papier-monnaie, un gouvernement déterminé peut toujours générer une augmentation des dépenses et de l’inflation positive« . Ben Bernanke.

Mario Draghi estimait la semaine dernière, l’idée « intéressante ». Du pouvoir d’achat sans contrepartie balancé par la BCE sur les comptes en banque des européens montre que les rachats d’actifs ne marchent pas, que les taux bas ne marchent pas, que la panique est générale! Alors s’il faut en passer par là pour relancer l’économie, redonner aux gens les moyens de consommer plus pour rendre aux entreprises le gout d’investir, pourquoi pas? Certains diront qu’ainsi est détruit un capital commun qui est la monnaie. Commun, commun… Il y en a pour qui c’est plus commun que pour d’autres! Et c’est le cas des allemands! L’union monétaire atteindra-t-elle par cette éventuelle mesure la limite de tolérance de la Bundesbank?

Cette solution économique recoupe l’idée philosophique à la mode du revenu universel. En la prenant, le risque d’être dépassé est réel. L’hyperinflation est brandie comme un épouvantail. Mais elle se heurte peut-être à bien pire: une simple hausse du taux de rendement des obligations souveraines, i.e. la baisse de leur valeur, scellerait la faillite de beaucoup d’états européens. La situation économique est actuellement un drame cornélien.

Frédéric Le Quer