Honoré Daumier et Hubert Robert

Par Vendredi 11 novembre 2016 Permalink 1

Il s’est vendu mardi dernier un petit tableau dépourvu de cadre représentant la caricature de deux personnages dans une vente courante de Couteau-Bégarie SVV au sous-sol de l’hôtel Drouot, sans catalogue, ni liste. Les enchères sur l’huile sur toile ci-contre commencèrent tranquillement à 50 € pour rapidement s’achever à quelques centaines d’euros. Les enchérisseur avaient l’œil. Celui qui remporta le lot était meilleur que les autres.

La vente terminée, je croisai le marchand de tableau dans la rue alors qu’il tenait à la main son acquisition. Nous nous arrêtâmes et il me montra l’oeuvre de plus prêt en commençant par me reprocher, plutôt fier de lui, de n’avoir rien remarqué. Je ne cherchai pas d’excuses, avouai mon inattention. Alors prouvant un savoir que je savais profond dans le domaine pictural, il mouilla son pouce avec sa salive et frotta légèrement en bas à droite du tableau pour faire apparaître les initiales h D, h D tel que je les écris avec un h minuscule et un D majuscule. Immédiatement, je compris, le style m’ayant déjà mis sur la piste, qu’il s’agissait d’Honoré Daumier, un peintre reconnu à titre posthume comme l’un des plus grands du XIXe siècle. Il donna à la caricature ses lettres de noblesse en la différenciant du dessin de presse pour en faire un art à part entière.

L’heureux acheteur, exigeant pour confirmer son attribution plus qu’un simple paraphe, humidifia à nouveau son doigt, et frotta toujours délicatement le visage d’un des personnages pour révéler des traits typiques au coup de pinceau du maître, particulièrement fin, cernant le contour du visage. Plus rien n’était douteux pour lui. Cette caricature sociale, domaine dans lequel Honoré Daumier excellait, faute d’avoir été beaucoup censuré dans ses caricatures politiques, devait revenir pratiquement à coup sûr à l’artiste. Cette découverte n’était pas rien puisqu’on retrouve le peintre dans les plus grands musées du monde comme « Le wagon de troisième classe », ci-dessous, au Metropolitan Museum of Art de New York. Un fois bien nettoyé, l’intelligent marchand récupérera probablement entre dix et vingt mille euros.sam_2272

Pendant ce temps, au premier étage de l’hôtel Drouot était dispersé pour succession le mobilier du château de Villepreux par le commissaire priseur Olivier Lasseron. La superbe vente dépassa les attentes et vit quelques chefs-d’oeuvre de l’art français partir à l’étranger. Notons la paire de panneaux 26 x 15 cm avec leur cadre d’origine ci-dessous de Hubert Robert qui fit au marteau 92 000 € (les acheteurs pensaient en $ car ils arrêtèrent leur bataille dès que la somme franchit les 100 000 $) ce qui correspond frais compris à environ 115 000 €.sam_2250sam_2251

Frédéric Le Quer