De l’art ou …

Par Vendredi 3 avril 2015 Permalink 18

On assiste actuellement à un bouleversement de la valeur vénale des choses sur le marché de l’art. Un grand chamboule-tout depuis quelques temps voit tous les jours,dans les ventes aux enchères, ravaler des tableaux anciens pour quelques centaines d’euros et, par contre, quand une vente est organisée, s’envoler des reliques de l’époque des chanteurs yéyés.

Beaucoup constatent que les objets de qualité moyenne ont du mal à trouver preneur. La crise économique est évidemment passée par là qui en faisant baisser les revenus dégagés des fruits du travail, a amputé le pouvoir d’achat.  Parallèlement elle a  hissé à des niveaux jamais connus jusque là les profits tirés de la spéculation financière permettant d’enrichir les plus riches.  Résultat, des sommes énormes sont mises sur la table pour le haut de gamme, arbre qui cache la forêt du marché de l’art, alors que le reste est difficile à vendre.

Cependant un secteur attire un public toujours plus nombreux, prêt à faire à son niveau des folies pour obtenir ce qu’il convoite. Des gens nostalgiques de leur enfance ou de leur jeunesse puisent dans leurs économies pour posséder un vêtement,  un instrument de musique ou tout autre bien ayant été détenu par l’idole. Alors une paire de chaussures ayant appartenu à Gainsbourg en tout cas d’après le propriétaire qui est du premier cercle du chanteur d’après le commissaire priseur (finira-t-on par faire des recherches ADN?) se vend 7 249 € le 22 mars à Drouot, un costume de Cloclo, aux couleurs chatoyantes dorénavant tout à fait improbables, s’envole pour 21 248 € ou encore un blouson de Johnny de 1990, un peu tardif (!), fait 7 248 €. Ce même esprit, à la recherche du temps perdu, se retrouve aussi dans les ventes de jouets, poupées ou petites voitures qui connaissent elles aussi un grand succès.

Il n’est pas ici question d’art, d’une création qui élève l’âme de celui qui la regarde. La raison de l’engouement pour ces objets est la dureté de la vie présente, les déceptions qu’elle a fait naître et la tentative de refuge vers une enfance idéalisée. Alors pour rêver encore à ce qu’on a été ou à ce qu’on croit avoir été, les acheteurs cassent leur tirelire pour se rassurer comme un être humain pour mieux s’endormir se replie parfois en position fœtale.

Frédéric Le Quer