Crise démocratique

Par Lundi 19 juin 2017 Permalink 6

Il y avait en 1978, toutes proportions gardées, deux fois plus de votants aux législatives qu’il n’y en eut cette année. Deux fois plus de français se sentaient investis d’une mission politique pour eux-mêmes et pour leur pays. A l’époque un vrai choix de société était envisageable. C’était une illusion. L’implication altruiste qu’est la mise d’un bulletin dans une urne, n’a cessé depuis de diminuer pour arriver à l’indéniable crise démocratique actuelle.

Evidemment, la légitimité du régime est ébranlée. Emmanuel Macron ne fera pas la sottise de mettre à mal la société par une réforme sociétale curieuse ou incongrue. En revanche, ses réformes sur le droit du travail, histoire de faire plier les pauvres, ont intérêt à passer. Au premier tour, Angela Merkel, tout en félicitant le président, lui a rappelé ses obligations. Au deuxième tour, le message était plus subliminal mais message il y avait. Notre président, sans assise populaire, est cornaqué par la chancelière. Les français sont cornaqués par les allemands. Les guerres napoléoniennes, la guerre de 1870, la première guerre mondiale, la deuxième guerre mondiale pour en arriver à une souveraineté au rabais. Les citoyens ont compris que leur pays ne détenait plus les leviers de son avenir. L’économique a remplacé le politique. Les choses changeront un jour. C’est certain, l’histoire n’est jamais finie. Mais elles changeront à cause de l’économique, du financier, des dettes et des cash flow. Les citoyens ne pèsent pas plus lourds qu’une plume dans la mondialisation. Leur vie risque d’être bouleversée dans 6 mois, dans un an, dans 5 ans, mais ils n’y seront pour rien. Ils en seront les victimes. Ils subiront les conséquences du cataclysme à venir situé quelque part entre dettes souveraines, dettes corporate, produits dérivés.

Alors les français n’en ont plus rien à battre de leurs élections. Par ironie, ils élisent les ripous! Plus vite ce sera pourri de l’intérieur, plus vite la pyramide s’effondrera. Les cris d’orfraies des Ferrand, de Sarnez, Lemaire contre l’extrême droite confondue volontairement avec le souverainisme sont là pour camoufler leurs turpitudes. Et l’électeur s’en moque. Pas un pour relever l’autre, se dit-il désabusé! De plus en plus, un citoyen viendra agresser un élu, un pseudo responsable. Comme une soupape de sécurité. Pour laisser s’exprimer la haine de manière isolée. Pour diminuer la pression. Les élus se différencient par leur manière de vivre, par leur patrimoine, par leur pensée profonde. Cet éloignement ne fait que commencer. Si la future et inéluctable grande crise économique intervient rapidement, tout peut encore changer, les cartes peuvent encore être rebattues. Mais plus elle sera reculée, mieux les caciques s’organiseront et moins elle agira comme une épidémie. Au lieu de toucher tout le monde, n’importe où, elle se concentrera exclusivement sur les gens du peuple en les rabaissant plus bas que terre.

Le seul avenir certain, c’est l’effondrement économique. La politique n’y changera rien. Les français l’ont globalement compris et regarde s’égrainer le compte à rebours. La crise démocratique, on s’en fout!

Frédéric Le Quer