Crash boursier

Par Jeudi 21 janvier 2016 Permalink 2

Evidemment les grands médias télévisuels ou de la presse écrite évitent soigneusement d’analyser le crash boursier en cours. Personne n’espérait quoique ce soit de leur part de toute façon. Les blogs, de leur coté, restent aussi assez discrets. Ils attendent peut-être Mario Draghi cet après-midi pour voir de quel coté le vent va tourner. Pourtant au travers des cours des grands indices boursiers, certaines anticipations des financiers sont d’ores et déjà assez claires.

D’abord la Chine n’aura pas l’atterrissage en douceur de son économie comme espéré un temps. Au contraire, les marchés prévoient que le pays va s’écraser comme une grosse bouse en laissant des cadavres partout. Ils ne croient en aucune façon en l’efficience de ses dirigeants. D’ailleurs, pourquoi des communistes jouant les ultralibéraux seraient-ils plus malins que les anglo-saxons?  Quand ils se seront usés sur les bans du capitalisme débridé, ils rentreront chez eux après avoir fait intelligemment leurs emplettes, et retrouveront au prix d’un durcissement du régime un dirigisme d’état.

L’économie américaine est prise en ciseaux entre son naturel ralentissement et la politique restrictive des banquiers centraux. Forcément la récession sera là dans quelques mois et la baisse journalière de Wall Street laisse présager que dans ce pays qui ne s’est jamais remis de la crise des subprimes, le choc sera sanglant. Le crédit est partout, de l’étudiant aux boites d’extraction de pétrole en passant par l’industrie automobile. Alors que l’immobilier lambda est à nouveau cher, celui du luxe à New York baisse; les milliardaires hurlent cash is king! L’incapacité des débiteurs à rembourser leurs dettes va provoquer des faillites en chaines. Le S&P 500 espère encore que la Fed reculera ses hausses de taux ce qui ferait baisser le $ et remonter le pétrole. Mais les intérêts supérieurs des Etats Unis d’Amérique ne vont surement pas dans ce sens. Les pays arabes et la Russie sont au bord du gouffre et il ne manque plus grand chose pour qu’ils y tombent. ça vaudrait bien pour soi une bonne récession.

L’Europe qui n’en a pas fini avec la crise de l’€ est en pleine décomposition culturelle et économique. Les indices boursiers prouvent que la zone n’est absolument pas protégée de quoi que ce soit. Avec la chute des cours, les banques voient leur solvabilité s’éroder et sont au bord de la faillite. Le Crédit Agricole redevient une penny stock pendant l’effondrement du système financier italien. Si culturellement un clivage est-ouest naît de l’arrivée des migrants, économiquement, celui nord-sud persiste et s’accentue (l’Allemagne n’a jamais été aussi riche, la France et l’Italie sont de plus en plus endettées). Si Mario Draghi baisse son taux à 0 ou accentue le QE, il fera gagner quelques mois aux obligations souveraines car leur rendement restera faible. Quand elles remonterons ce sera un carnage et les pays du sud n’auront d’autres choix que de sortir de l’€ pour dévaluer chacun de leur coté. Les financiers ont indéniablement très peur. On est entre 20 et 25% de baisse par rapport aux plus hauts d’il y a seulement 10 mois, comme si le QE n’avait jamais existé.

Le monde vit un tournant majeur. Sera-ce un virage en épingle ou un longue courbe? C’est la question que se posent les marchés financiers avec leur crash boursier, jusque là, rampant.

Frédéric Le Quer