Le couple franco-allemand

Par Mardi 2 décembre 2014 Permalink 29

Le couple franco-allemand est à l’agonie. Les membres du gouvernement français demandaient avec une certaine insolence des gages à l’Allemagne concernant son éventuelle politique d’investissement. Ils ont évidemment été renvoyés dans les cordes, non pas par le ministre de l’Economie, qui ne s’est pas donné cette peine, mais par un obscur secrétaire d’état aux finances du gouvernement Merkel.

Décidément, malgré les cordialités de façade, le  faux couple franco-allemand montre chaque jour davantage qu’il est incapable de sortir l’Europe de l’ornière. Entre d’un coté un pays qui prévoit l’année prochaine un budget en équilibre et de l’autre un gouvernement qui ne conçoit son action qu’avec la main au portefeuille, plus rien n’est en commun. Il est bien loin le temps du coup de foudre à La Boissière entre Adenauer et De Gaulle! Disparu aussi le fameux serrement de mains entre Kohl et Mitterrand en hommage aux victimes de la guerre quelque soit le camp.

Le rapport des économistes Jean Pisani-Ferry et Henrick Enderlein, dont toute la presse française a parlé la semaine dernière, est complètement passé inaperçu outre-Rhin. Les leçons à donner au seul grand pays qui est sorti de la crise de 2008, ne peuvent venir de celui où le délitement est tel que son pessimisme seul est encore la preuve de son réalisme et de sa grandeur passée. Quand certains se gargarisent en parlant de deux modèles de croissance différents, les faits montrent d’un coté un PIB par habitant qui progresse et de l’autre un appauvrissement continu de la population.

L’image des « locomotives » est aussi particulièrement audacieuse et plaisante. Ces deux pays seraient sensés tirer l’Union Européenne vers la richesse alors que les intérêts égoïstes nationaux sont dorénavant l’alpha et l’oméga des décisions. Il importe bien peu qu’elles puissent être utiles à des pays tiers. On assiste en Europe à un sauve-qui-peut général et malheur à ceux dont les reins ne sont pas assez solides; la péninsule ibérique est un bel exemple de décomposition sociale ignorée de ses voisins.

L’Allemagne ne semble plus retenue que par la volonté américaine de sauvegarder la monnaie unique. Mario Draghi tente d’imposer la politique expansionniste chère aux anglo-saxons et malgré ses grandes réticences, Angela Merkel hésite à la rejeter directement. Quand les USA jugeront que les modèles économiques entre les pays de l’union divergent trop pour qu’ils puissent un jour redevenir cohérents, pragmatiquement ils abandonneront l’euro à son sort ce qui en sonnera le glas. En attendant l’Allemagne freine des deux pieds pour limiter l’action de la BCE qui pourrait arranger momentanément nos affaires. Le couple franco-allemand n’est plus aujourd’hui qu’une mystification à l’adresse de la population française.

Frédéric Le Quer

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