Céramique de Lorraine: faïence des Islettes

Par Samedi 14 octobre 2017 Permalink 1

La céramique de Lorraine mariant gaiement le blanc et le rose sur des plats où le coq, symbole du jour qui se lève, du retour de la lumière, d’une nouvelle renaissance de la nature, est souvent présent, n’a plus guère la cote dans les salles des ventes. Signe des temps, sans doute! Quand les difficultés de tous ordres étouffent la joie de vivre, la fête si bien mise en scène par l' »esprit lorrain » (mot d’Antoinette Fay-Hallé du musée de Sèvres) de cette céramique, n’est plus de circonstance.

Au XVIIIe siècle les diverses faïenceries lorraines dépassent la cinquantaine et la province est la plus prolifique de France. Assiettes, bouquetières, bénitiers, plats, pichets ou pots à crèmes, rien de ce qui touche à la céramique ne leur est étranger. La manufacture royale de Lunéville aime les décors au chinois. La fabrique de Waly est comparée à celle, célèbre, de Moustiers dirigée au XVIe et XVIIe siècles par la famille Clérissy. La fabrique de Salvange pratique la technique du petit feu. Elle est suivie par la manufacture des Islettes d’abord appelée fabrique du bois d’Epense qui sublime la méthode pour créer une grande variété de nuance au service de nombreux dessins représentant des fleurs, des paniers, des pastorales, des métiers, des événements locaux d’actualité se mélangeant à des scènes un peu grivoises. Les pittoresques scènes de genre et l’épopée de la Grande Armée font la notoriété de la faïence des Islettes au cours du XIXe siècle. A Reims chez Guzetti-Collet ovv, le 9 avril 2017 se sont vendues deux assiettes, la première représentant une jeune fille attaquée par de mauvais garçons qui fit 5160 € (ci-dessous) et la deuxième où le soldat Louis Gillet vient la sauver qui fit 4920 € (ci-dessous).SAM_4832
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La faïence des Islettes va aussi mettre à profit la girafomania, déclenchée par un présent au roi Charles X de Méhémet Ali vice-roi d’Egypte, qui s’empare du royaume. La girafe Zarafa offerte en 1826 et admirée à Paris par 600 000 personnes devient le sujet de tout ce qui s’écrit (évoquée par Balzac dans Eugénie Grandet), se sculpte, se dessine. Les thèmes zoomorphes faisant partie des sujets prisés par la manufacture, l’assiette en une fit le 13 décembre 2014 chez « Hotel des ventes de Champagne Est svv », 6000 €.SAM_4833

Terminons par cette assiette des Islettes, ci-dessus, vendue 8 640 € le 21 juillet 2012 toujours chez « Hôtel des ventes de Champagne Est ». Elle représente un chien, sujet souvent traité dans la céramique de Lorraine et qui est à l’origine de l’expression « se regarder en chien de faïence »!

Frédéric Le Quer