Fragonard Jean-Honoré (1732-1806)

Par Dimanche 30 avril 2017 Permalink 1

Les français connaissent "Le verrou" et les figures de fantaisie de Jean-Honoré Fragonard (elles sont au nombre de quatorze) et en particulier celle de Diderot un peu efféminée. Cependant, le peintre longtemps méconnu est très éclectique. Son charme quelque soit le sujet de ses compositions, vient de cette impression de spontanéité qu'il donne en mettant, tel un précurseur de l'impressionnisme, de resplendissant tons de rouge et de rouille illuminant la toile. L'image en une avec le pantalon du jeune homme brodant, l'habit de l'autre, les lèvres des trois personnages, le carquois par terre est un bon exemple. L'oeuvre (55,9 x 45,7 cm) de jeunesse (23 ans environ), un brin licencieuse, aux multiples symboles phalliques, fut proposée à Munich chez Hampel le 30 mars 2017 et fit 475 000 €. Notons à cette occasion que l'Allemagne en 2016 se situait en quatrième position sur le marché mondial de l'art derrière la Chine, les Etats Unis, la Grande Bretagne et devant la France! En France, justement, les amateurs argentés devront plutôt se contenter de dessins qui ne trouvent d'ailleurs pas toujours preneur. Si celui ci-dessous, "Jeune femme devant une sculpture antique de chien, plume et encre brune, lavis de bistre sur trait de ...

Odiot, une prestigieuse maison d’orfèvrerie

Par Samedi 29 avril 2017 Permalink 1

Le processus de création de la maison Odiot mis en exergue actuellement par le musée des arts décoratifs à Paris, n'est pas celui d'un démiurge fou, alcoolique ou drogué au prise avec ses démons mais une affaire de travail approfondi, austère, laborieux aboutissant depuis le premier empire à des pièces d'orfèvrerie d'une irréprochable qualité. Les mots, les images, les esquisses, les moules mènent à la fabrication d'objet en argent servant le plus souvent aux arts de la table. Après l'artiste créateur, dessinateur, viennent s'arrimer de nombreux métiers tels les planeur, tourneur-repousseur, monteur, ciseleur, polisseur-aviveur. Jean-Baptiste-Claude Odiot (1763-1850) a édifié l'entreprise d’orfèvrerie française la plus prospère et la plus fréquentée par toutes les cours européennes de son temps en prenant la succession de son père. L'empire la voit exploser, la restauration consacre sa gloire en faisant de la maison Odiot le fournisseur attitré de Louis Philippe. Encore de nos jours de nouvelles pièces sont inventées en collaboration avec divers designers. Aux enchères, les pièces de la maison sont bien prisées. la soupière en une avec son dormant en argent aux armes du comte de Lariboisière, poids 9,654 kg, H 36 cm fit frais compris chez Beaussant-Lefèvre à Drouot le 11 mars 2015, 29 ...

Additif à l’article sur Pierre-Auguste Renoir

Par Dimanche 23 avril 2017 Permalink 1

Il y a un mois nous évoquions Pierre-Auguste Renoir à l'occasion des animations prévues cette année en Champagne autour de l'artiste. http://politiqart.com/pierre-auguste-renoir-1841-1919/ Cette actualité a peut-être été cause de la présentation de deux tableaux de Renoir cette semaine à l'Hôtel Drouot. Cette abondance en vente publique de réalisations de cette artiste est rare dans notre pays! Le peintre est dorénavant largement plus présent sur la scène new-yorkaise voire londonienne ou hongkongienne. Sur le marché mondial de l'art en 2016, il totalisait 37 millions de $ d'enchères victorieuses! Mais les toiles présentées à Paris de dimensions modestes n'étaient pas majeures bien que très caractéristiques du style de cet impressionniste. Petites œuvres de grand maître comme on dit dans le milieu de l'art. Les vendeurs ont dû néanmoins être satisfaits puisqu'elles dépassèrent à chaque fois les estimations. En une, Paysage de Cagnes, huile sur toile vers 1905, porte un cachet partiellement effacé en bas à droite 25 x 31,5 cm, était estimé lors de la vente de Binoche et Giquello ovv du 21 avril 2017 entre 50 000 et 70 000 €. A ce prix les enchérisseurs étaient nombreux avec même des français en salle. Quand les choses sérieuses commencèrent au dessus de 80 ...

Brest, la Turquie, Erdoğan

Par Jeudi 20 avril 2017 Permalink 1

Recep Tayyip Erdoğan est un islamiste conservateur, le qualifie-t-on en une formule redondante. Quand on est islamiste, peut-on être autre chose que conservateur? C'est une formule fausse aussi car dans son pays, il ne conserve rien. Il détruit. Il met à bas un état dont la confession majoritaire était musulmane mais dont la structure était laïque; laïque et ouverte sur le monde. Dans le domaine des arts graphiques, où je veux en venir aujourd'hui, les artistes occidentaux aimaient transcrire sur la toile des beautés d'une Turquie qui n'avait pas peur de dévoiler ses richesses. (Les peintres turcs, en retour, n'eurent d'ailleurs pas peur de s'imprégner, de participer à la révolution impressionniste: http://politiqart.com/limpressionnisme-turc/). A l'heure où les touristes osent de moins en moins s'y rendre, l'orientalisme, mouvement artistique occidental, permet de dévoiler les magnificences du Bosphore sans risque sinon pour son porte-monnaie! En effet, les salles des ventes en sont friandes et quelques stars du XIXe siècle s'arrachent contre plusieurs dizaines de milliers d'euros. C'était le cas hier de Germain Fabius Brest (1823-1900). A Drouot, chez Blanchet & associés, l'huile sur toile du peintre en une, "Scène de marché près du Bosphore", 36 x 60 cm, récolta environ frais compris 37 000 ...

Victor Hugo (1802-1885), dessinateur

Par Dimanche 16 avril 2017 Permalink 1

Les ancestrales techniques des dessinateurs, encre brune, encre noire, lavis brun, lavis gris, pierre noire, graphite, craie, aquarelle ou gouache sont, chez Victor Hugo, associées à "toutes sortes de mixtures bizarres" dixit l'artiste, comprenant du café, de la suie, du charbon, non plus forcément étalés au pinceau ou à la plume mais avec un bout d'allumette, une pierre dénichée dans le sol, un chiffon abandonné. Si ses expérimentations sont appréciées de Baudelaire ou de Théophile Gautier, si les surréalistes en font plus tard une référence, si les ventes aux enchères les plébiscitent dorénavant, ses contemporains se montrent en général bien plus dubitatifs sur les talents graphiques de l'illustre écrivain. C'est en exil après la prise de pouvoir de Louis Napoléon Bonaparte que Victor Hugo développe particulièrement ce besoin d'exprimer par l'image, ses émotions, son malheur qui suit la mort de sa fille, son gout pour la métempsychose. Ses dessins représentent alors un bond vers le futur en faisant entrer l'observateur de plein pied, dès le milieu du XIXe siècle, dans la psychanalyse et les tests de Rorschach: on y trouve souvent ce qu'on a envie d'y voir! Le dessin (18 x 22 cm) en une qui représente une tour gothique ...

Charles Topino (vers 1742-1803)

Par Samedi 15 avril 2017 Permalink 1

La petite table de salon (H. 70 cm, L. 49,5 cm, P. 35 cm) ci dessous avec l'estampille de Charles Topino s'est vendue jeudi 13 avril 2017 à Drouot dans le cadre d'une belle vente mobilière de Kohn Marc Arthur. Assez typique de la production de l'ébéniste, elle fut adjugée 14 398 € frais compris. Si Topino ne reçut sa maîtrise qu'en 1773, il faut remarquer le style du meuble demeuré très "transition". Il s'agit d'une évolution entre le Louis XV et le Louis XVI qui a peu à voir avec la succession chronologique des deux rois. Les commodes, les bonheurs du jour, les petites tables, les sièges sont marqués par ce style. L'ébéniste exprime sa personnalité au travers de ces meubles légers avec des marqueteries en trompe l’œil à décor de vases de fleurs, de théières, de tasses, d'encriers, de livres, d'instruments de musique. Pierre Kjellberg dans son ouvrage de référence "Le meuble français" parle assez durement d'"une technique assez frustre mais pleine de fraîcheur" qui s'éloigne "des marqueteries fines et naturalistes de ses confrères œben et R. V. L. C. Cela dit Topino plut du temps de son vivant en livrant de nombreux meubles. Il fit néanmoins faillite ...

Henri Martin (Toulouse 1860- 1943 Labastide du Vert)

Par Dimanche 9 avril 2017 Permalink 2

Henri Martin est depuis quelques mois omniprésent dans les salles des ventes. Le peintre se négocie bien. C'est un peu l'artiste des classes supérieures françaises, pas des quelques milliardaires mais des millionnaires. Plus de vacation d'art moderne sans son Henri Martin. Ses portraits et ses paysages sont de bon gout, donnent à un intérieur une élégance raffinée avec des peintures qui, si elles n'inspirent pas vraiment à une profonde méditation, ont un charme vaporeux empreint de quiétude. L'observateur prend du plaisir devant une toile d'Henri Martin sans jamais être déstabilisé. L'artiste est le type même du post impressionniste. Il touche aux atmosphères avec poésie en les mâtinant tantôt de fauvisme, tantôt de pointillisme. Ses petites touches et sa représentation stylisée mais pas trop de ce qui l'entoure, séduisent sans montrer l'exigence d'un Seurat ou d'un Signac. Son symbolisme soft est aussi dans l'air du temps. Longtemps oublié, la redécouverte en 2012 de plusieurs œuvres d'Henri Martin dans un grenier (dans l'art on découvre tout dans un grenier comme dans l'informatique où tout est inventé dans un garage!) lui redonne la côte. Ci-dessous le portrait (55 x 45 cm) fit chez Aguttes à Drouot le 27 mars 2017, 420 750 €. C'est ...

Mathurin Méheut (1882-1958)

Par Dimanche 2 avril 2017 Permalink 1

Mathurin Méheut est l'un des plus célèbres peintres bretons du XXe siècle. Natif de Lamballe dans les Côtes d'Armor, il intègre les beaux arts de Rennes à 16 ans et gagne la capitale à 20 ans. En 1913, en même temps qu'une première exposition personnelle lui est consacrée, une bourse de la Fondation Albert Kahn lui permet de parcourir le monde. La première guerre mondiale lui coupe les ailes du succès. Il s'en sort en 18 indemne physiquement mais psychologiquement marqué. Ci-dessous "L'exécution capitale, 5 juillet 1915" encre et aquarelle 59 x 84 cm collection du musée Mathurin Méheut à Lamballe. Mathurin Méheut repart de zéro à la démobilisation mais remonte la pente grâce à une peinture marquée par les paysages bretons animés pris comme des instantanées au sein d'une carrière qu'il sait intelligemment partager entre sa région et la capitale avec quelques excursions en Méditerranée. Nommé peintre de la Marine et de l'Armée, de nombreuses expositions lui sont consacrées et il participe à celles des Arts décoratifs en 1925 et à l'Exposition internationale de 1937. Les années 30 et 40 voient les commandes affluer alors que l'artiste touche à tous les domaines comme la décoration d'intérieur, l'illustration, la céramique... Concernant ses ...

Moïse Kisling (1891-1953)

Par Samedi 1 avril 2017 Permalink 1

Moïse Kisling, peintre d'origine juive polonaise, arrive en France en 1910 puisque c'est là que tout se joue. Il participe à cette école de Paris qui n'est pas une école. Marc Chagall, Pablo Picasso, Pinchus Kremegne, Chaïm Soutine, Pascin, Amadeo Modigliani, Kees van Dongen, Alexander Archipenko, Joseph Csaky, Ossip Zadkine ou Tsugouharu Foujita ont chacun leur manière. Ce qui les rassemble, c'est qu'ils sont presque tous étrangers. Souvent des juifs de l'est de l'Europe. Ce qui les rassemble aussi c'est qu'ils sont nombreux à avoir eu des états de services remarquables dans la légion étrangère en combattant pour la France durant la première guerre mondiale. Kisling est grâce à cela naturalisé français en 1923. Ce qui les rassemble, c'est que ce sont des talents étrangers venus pratiquer leur art dans la capitale pour écrire l'histoire de la modernité au tournant du XXe siècle. Après la guerre, Moïse Kisling est un artiste célèbre qui se vend bien. Un temps tenté par le cubisme, il gardera son style figuratif. L'homme est aussi fidèle en amitié. Il organise les obsèques de Modigliani en 1920. Il planifie le mercredi des déjeuners à son atelier, auxquels des artistes, des écrivains, des acteurs, des musiciens, des politiciens ...

Claude-Joseph Vernet (Avignon 1714- Paris 1789)

Par Dimanche 26 mars 2017 Permalink 1

Claude-Joseph Vernet va au XVIIIe siècle donner ses lettres de noblesse aux marines françaises. Certes il y eut avant lui Le Lorrain, mais il peignait à Rome. Les Pays Bas s'étaient particulièrement investis dans ce genre au XVIIe siècle mis à l'honneur à cause du commerce maritime qui représentait la clé de leur économie. La France dut attendre ce peintre. Arrivé à Rome en 1734, Vernet mit quelques années pour être célèbre à travers l'Europe grâce à ses vues atmosphériques sur la mer. Louis XV s'intéresse alors à lui et lui commande en 1753 de peindre les ports du royaume. Quinze toiles sur les vingt prévues sont livrés en 8 ans de pérégrination de l'artiste à travers la France. Si la topographie de chaque ville est strictement respectée, des personnages animent et charment ses paysages annonçant parfois déjà le courant romantique. Quand un tel maître de la peinture française passe en vente publique, il s'agit toujours d'un petit événement. Ce fut le cas vendredi 23 mars 2017 chez Audap-Mirabaud avec "Orientaux dans une crique au soleil couchant", ci dessous, cuivre, signé et daté en bas à droite "j.vernet. / f. 1780". 39 x 48 cm. Sur un support noble, quoiqu'un peu tardive, ...