Robert Antoine Pinchon (1886-1943)

Par Dimanche 14 janvier 2018 Permalink 1

La juxtaposition de touches de couleurs pures, la représentation stylisée et peu réaliste des formes et des corps, l'intérêt pour les sujets tirés de la vie moderne (industrialisation ou divertissements populaires), bref, tout ce qui caractérise le postimpressionnisme est la grande affaire de l'oeuvre picturale de Robert Antoine Pinchon. Il fait partie de la deuxième génération des peintres de l'école de Rouen. Dès 19 ans sa carrière est lancée lors d'une exposition chez Legrip, "le père Tanguy des impressionnistes rouennais" dixit la Gazette Drouot. L'industriel normand François Depeaux lui fait rencontrer Albert Lebourg et même Claude Monnet qui l'adoubent comme coloriste. Avec de telles lettres de noblesse les expositions de ses tableaux vont tout au long de sa vie se multiplier et même la première guerre mondiale dans laquelle il est enrôlé et blessé, n'arrêtera pas le succès d'une création artistique résolument en marge des mouvements majeurs qui animent la première moitié du XXe siècle, cubisme expressionnisme, surréalisme... Robert Antoine Pinchon n'a jamais été oublié. Des noms de rues en Seine Maritime rappellent aux passants son travail et le musée des beaux arts de Rouen expose ses toiles. Du coté des enchères sa cote se maintient bien sans faire d'étincelles mais ...

Adrien Hébrard (1865-1937)

Par Samedi 13 janvier 2018 Permalink 1

Le fondeur est au sculpteur ce que l'interprète est au compositeur de musique. "Une fonte mal faite ruine l'oeuvre du meilleur des sculpteurs", écrit Jean Bernard, président de la fondation de Coubertin (métiers manuels). Adrien Hébrard dirige la Fonderie Hébrard qui réalise les œuvres des plus grands artistes du début du XXe siècle. Il fut, entre autres, le meilleur collaborateur de Rembrandt Bugatti ( http://politiqart.com/rembrandt-bugatti-1884-1916/ ). Comprenant vite le potentiel créatif du jeune homme passionné de sculpture animalière, l'entrepreneur avisé lui organise des expositions commerciales dans sa galerie de la rue Royale. Les deux hommes vont former une paire inséparable. D'ailleurs, Adrien Hébrard apporte un plus aux sculptures de son poulain en décidant de les numéroter, ce qui est une pratique tout à fait exceptionnelle à l'époque. Les collectionneurs d'hier comme d'aujourd'hui sont alors rassurés sur l'authenticité de ce qu'ils acquièrent... Pour plusieurs centaines de milliers d'€ quand il s'agit d'un bronze de Bugatti! On peut donc dire que le succès des bronzes de Rembrandt Bugatti doit aussi à son fondeur qui dès 1904 lui donne accès à la fonte à la cire perdue qui fait la réputation de ses ateliers grâce à la grande précision de leur empreinte et ...

Alphons Mucha (1860-1939)

Par Dimanche 7 janvier 2018 Permalink 1

Alphons Mucha est un peintre, affichiste, dessinateur et graveur tchèque. Il devient célèbre avec l'affiche, en une, de Sarah Bernhardt qui joue Gismonda, un drame de 1894 de Victorien Sardou, au théâtre de la Renaissance. "L'attitude théâtrale et l'expression transfigurée du visage de l'actrice servent de prototype à l'art de l'affiche du début du XXe siècle" (Gabriele Fahr-Becker, L'art nouveau). Cette consécration fait d'Alphonse Mucha le chef de fil de l'art nouveau en lui offrant de multiples commandes dans pratiquement tous les domines des arts et de la publicité. Biscuits, cigarettes, parfums, le corps de la femme cerné d'arabesques sensuelles se révèle le support idéal pour vendre tout et n'importe quoi! Ci-dessous, pour Siou et Cie- Moscou (une biscuiterie), une composition en couleur représentant dans une cercle le visage de la planche Primevère, 33,5 x 30,5 cm fit le 17 mars 2013 chez Pascal Blouet svv en Mayenne 12 840 €. Elégance mondaine, regard rêveur, déshabillé aérien de la jeune fille aux cheveux longs mis en valeur parfois par un bibi, toujours très dessinée dans un décor florale caractérisent l'art d'Alphons Mucha qui décline donc avec opportunisme ce graphisme sur différents supports comme par exemple avec le bronzier Adolphe-Armand Truffier pour ...

Georges Artemoff (1892-1965)

Par Samedi 6 janvier 2018 Permalink 1

Dès sa première exposition personnelle à Rostov sur le Don en 1911, la critique souligne l'influence de l'école française de peinture chez ce cosaque issue d'une famille privilégiée. C'est donc naturellement qu'avec sa bourse d'étude Georges Artemoff part pour Paris où il rejoint son ami Ossip Zadkine. En 1914, comme beaucoup de ses compatriotes, Georges Artemoff s'engage dans le 1er régiment étranger, basé en Avignon, d'où il rejoint le front en Champagne. Blessé, croix de guerre, pensionné! C'est en France après un bref retour en Russie pendant la révolution que la suite de la carrière artistique du peintre de l'école de Paris se déroule. En 1937, il obtient une médaille d'or pour l'ensemble de ses panneaux sculptés présentés à l'exposition internationale. En 1948 Georges Artemoff est naturalisé français. « J’ai toujours travaillé seul, dans un isolement farouche. Ce que je voulais avant tout, c’était d’avoir un dessin très fort » déclare l'artiste misanthrope qui reste en marge des ébullitions artistiques. Sculpteur, décorateur de théâtre et de cinéma et, bien sûr, peintre, Georges Artemoff passe son existence à se réaliser pleinement grâce au succès qu'il rencontre. Même si de nos jours, il est un peu oublié, sa cote reste néanmoins confortable. "La ...

Réveillon à la Comédie-Française

Par Lundi 1 janvier 2018 Permalink 1

Après les affres du réveillon de l'année dernière (voir http://politiqart.com/peur-pour-le-reveillon-du-jour-de-lan/ ), il n'était pas question de se "promener" hier soir à pied dans Paris. J'ai pris des places à la Comédie-Française où je me rends en voiture. Aucun problème pour se garer. En avance. C'est l'occasion de visiter tranquillement les parties accessibles au public de l'illustre bâtiment. Chaises et bergères sont à disposition dans les allées. Au bout de l'une d'elle, le fauteuil de Molière utilisé pour "Le malade imaginaire" avec un dossier réglable qui bascule sans cependant faire bouger les accoudoirs, une traverse en H très XVIIe, un cuir plus que fatigué. Splendide objet. Enfin la salle de spectacle ouvre ses portes. Les places sont en haut mais face à la scène. La tempête de Shakespeare. En noir et blanc et costume cravate. Bizarre. Des images diffusés servent de décor à une scène trapézoïdale. Comme je suis loin, j'ai du mal à bien différencier les protagonistes tous vêtus à l'identique. L'effet des vagues qui ont l'air d'échouer sur les planches est réussi. Il faut vous dire que l'action se passe dans une île... Presque déserte. Une lutte pour le pouvoir entre naufragés d'où la symbolique des costumes cravates, j'imagine... Mais ...

Peter Klasen (né en 1935)

Par Dimanche 31 décembre 2017 Permalink 1

Peter Klasen est à la peinture ce que le centre Beaubourg est à l'architecture, une sorte d'anachronisme mettant en scène la société industrielle alors qu'elle disparaît en occident. Camions, voitures, bidons, panneaux de signalisation routière servent de support à ses œuvres, techniques mixtes mélangeant acrylique, gouache, collage, photographie... Cet allemand vivant beaucoup en France est un éminent représentant du mouvement appelé figuration narrative comme Rancillac par exemple ( http://politiqart.com/bernard-rancillac/ ). Une exposition à Lyon de la galerie Anne-Marie et Roland Pollade en 2013 présentait ainsi le travail de Peter Klasen: "Aux manettes, manomètres, disjoncteurs, tuyaux, accompagnés de mots clés "arrêt, téléphone, déchets, radioactif" se joignent des néons." Ajoutons que le corps de la femme souvent nu se juxtapose à ses objets de manière volontairement agressive. Dénonciation d'un monde de consommation insuffisamment écologique ou glorification et nostalgie des trente glorieuses? Les deux vraisemblablement puisque Peter Klasen, à plus de 80 ans, continue d'être un artiste en vogue, intéressant malgré souvent une accumulation de clichés, travaillant ces derniers temps pour Tesla... Aux enchères les résultats sont assez variables avec une certaine tendance à se tasser pour les productions les plus récentes, ce qui ne préjuge en rien de l'avenir. En une, chez Cannes enchères, ...

Jacques Grüber (1870-1936)

Par Dimanche 24 décembre 2017 Permalink 2

Jacques Grüber est membre de l'école de Nancy qui manifeste son enthousiasme pour la beauté issue de la nature et dont le patriotisme constitue une force motrice alors que le territoire de la Lorraine est amputée depuis la guerre de 1870. En effet, les réfugiés des départements de Moselle, Meuse, Vosges et Alsace dont Jacques Grüber fait partie, viennent s'installer à Nancy qui devient le grand centre français de l'art nouveau. Tous ces artistes, d'à peine trente ans, vont insuffler du neuf dans les créations du XIXe siècle un peu répétitive, d'abord en travaillant directement en collaboration, (Grüber travaille avec Daum, Majorelle, Vallin, Wiener (couvertures de livre)...) puis en ouvrant leur propre atelier comme Jacques Grüber qui le fait en 1897. Peintre et designer, Jacques Grüber à partir de 1900 délaisse le mobilier pour se concentrer exclusivement à la mosaïque de verre et à la peinture sur verre. Le vitrail reconquiert ainsi une renommée nouvelle. En une, le décor de nénuphars en verre américain, verre gravé à l'acide et cabochons sur différents niveaux, non signé, 110 x 140 cm est adjugé chez Anticthermal svv à Nancy le 14 décembre 2013, 10 535 €. Le créateur participe au salon des artistes décorateurs ...

Paul Cézanne à Drouot

Par Vendredi 22 décembre 2017 Permalink 2

Une aquarelle et mine de plomb de Paul Cézanne (ci-jointe), 45,5 x 60 cm, titrée intérieur de forêt, était mise en vente à Drouot mercredi 20 décembre 2017 par l'étude Beaussant Lefèvre ovv par l'intermédiaire de la SARL Touati-Duffaud. C'était un grand moment pour la place parisienne rarement si bien logée. Les enchères n'ont surement pas déçu le vendeur qui lui a fait confiance. Comme d'habitude avec Cézanne l'oeuvre n'était pas signée mais la provenance parfaitement établie avec en prime quelques références bibliographiques et la participation à deux expositions. Le sous bois a été réalisé durant la plus remarquable période du peintre, ses dix dernières années, celles qui marquèrent définitivement Matisse ou Picasso envoûtés par les recherches picturales de leur aîné. Recherches qui ont, d'ailleurs, bien souvent laissé de marbre des contemporains comme Emile Zola qui montra guère de gout pour la peinture en écrivant à propos de son ami, ex-ami: "Paul a peut-être le génie d'un grand peintre, il n'aura jamais celui de le devenir"... Bref, la salle 5 de l'hôtel des ventes était comble pour assister au record de la saison. Et 5 millions et demi avec en plus 25% de frais cela fait en effet une somme! Juste ...

Gaston Chaissac (1910-1964)

Par Dimanche 17 décembre 2017 Permalink 3

Gaston Chaissac n'a suivi aucune formation artistique. Pourtant les expositions le concernant sont légions. Son art, brut pour reprendre un terme théorisé par Jean Dubuffet, particulièrement complexe, offre matière à une réflexion intellectuelle que l'autodidacte encouragea sa vie durant par sa correspondance et ses livres. Ses débuts avec des dessins à l'encre de chine expliquent peut-être le cloisonnement de traits noirs des figures de personnages et de bêtes qui caractérisent ses gouaches et ses huiles. Les formes sont simples, simplifiées avec acharnement, enfantines plutôt que naïves. Puis à partir de 1946, la peinture ne lui suffisant plus, il utilise des objets usuels, voire des pelures et des épluchures pour une oeuvre tendant vers l'abstraction. Tous les supports lui sont bons, toiles, cartons, pierre, tôle. Pour ses totems, analysés parfois à la lumière de Claude Lévi-Strauss, planches de bois, souches, papiers peints sont utilisés. L'huile sur bois, en une, vendue en 2012 chez Cornette de St Cyr, haute de 109 cm, fit entre 110 et 120 mille euros avec les frais. En 1951, l'oeuvre d'écrivain et de chroniqueur de Gaston Chaissac est publié chez Gallimard. Une correspondance fournie le lie à Dubuffet et Paulhan. Quel retournement pour cet adolescent en apprentissage chez ...

Henri Le Sidaner (1862-1939)

Par Dimanche 10 décembre 2017 Permalink 2

C'est dans "Sodome et Gomorrhe" que Marcel Proust évoque le peintre Henri Le Sidaner à l'occasion d'une conversation mondaine à Balbec: "... Mme de Cambremer donna raison à l'avocat en ce qui concernait Elstir, mais, au grand chagrin de son invité, égala Monet à Le Sidaner. On ne peut pas dire qu'elle fût bête ; elle débordait d'une intelligence que je sentais m'être entièrement inutile..." Quelques lignes plus haut, l'écrivain explique: "Le Sidaner était l'artiste élu par l'ami des Cambremer, lequel était, du reste, très agréable. Il parlait bien des livres, mais non de ceux des vrais maîtres, de ceux qui se sont maîtrisés. Le seul défaut gênant qu'offrît cet amateur était qu'il employait certaines expressions toutes faites d'une façon constante, par exemple : « en majeure partie », ce qui donnait à ce dont il voulait parler quelque chose d'important et d'incomplet." Ces allusions au peintre de la part de Proust même mâtinées d'une certaine bienveillance, ne sont guère encourageantes! Pourtant ce probable bel esprit un peu snob que le parcours emmène des Beaux Arts parisiens avec Cabanel pour maître à la côte d'Opale en pleine période impressionniste, puis forcément retour dans la capitale après 9 ans d'exil volontaire, ...