Calligraphie

Par Dimanche 8 mars 2015 Permalink 15

La calligraphie est enseignée en Chine dans de très chics et très chères écoles privées afin que les plus jeunes assurent la continuité de la culture. Les enfants tracent alors au pinceau des caractères aux proportions les plus justes possible tendant à les amener très tôt vers cette sagesse contemplative intriguant l’occident.

Si le mandarin est la langue commune, divers dialectes sont parlés à travers toute la Chine. L’uniformisation au XXe siècle (Modern Standart Chinese) a appauvri la langue. Le patchwork oral est compensé par un langage littéraire écrit commun, unificateur. L’écriture cimente alors la civilisation chinoise faite de peuples divers. Chaque idéogramme lu peut être prononcé de façon variable mais chacun quelque soit sa langue comprend ce qu’il désigne. Le dessin permet de prononcer de différentes manières.

Quarante mille caractères chinois peuvent être répertoriés mais chez les gens éduqués  trois mille sont usités et pour les savants six milles sont utilisés. Mais seulement sept éléments graphiques fondamentaux (le point, le trait droit transversal, le trait droit vertical, le trait descendant vers la gauche, le trait descendant vers la droite, le trait brisé, le trait ou point montant) les forment autorisant ainsi le néophyte à se lancer. La manœuvre du pinceau est essentielle pour attaquer, avancer, conclure car toute nuance est fondamentale.

Le geste calligraphique est un mouvement du corps que le pinceau prolonge. L’ordre dans lequel s’exécute les traits du caractère est de gauche à droite  et de haut en bas. L’indispensable outillage composé du pinceau, de l’encre, de la pierre et du papier constitue aux yeux du lettré un véritable trésor.

La pensée chinoise voit la calligraphie comme le reflet d’un cosmos non pas fait de chaos mais d’harmonie et de perfection. Le geste calligraphique demande un état de sérénité physique et mentale qui, lorsque la force morale n’est pas en mesure d’atteindre, nécessite des moyens artificiels comme les psychotropes ou surtout le recours à l’ivresse. « Boire seul sous la lune, c’est se retrouver à trois: la lune, mon ombre et moi »!

La calligraphie est l’essence du monde chinois détenteur d’une grande richesse artistique. Ses maîtres sont en fonction des modes adulés ou vilipendés. Mais aujourd’hui la cote des calligraphies chinoises ne cesse de grimper se comptant pour les rouleaux les plus précieux en dizaines de millions d’euros.

Frédéric Le Quer