Le bureau du XVIIe au XVIIIe siècle

Par Samedi 23 août 2014 Permalink 14

Quatre types de styles de bureaux vont être évoqués, Le bureau Mazarin, le bureau Régence, le bureau Louis XV et le bureau Louis XVI soit du milieu du dix septième siècle à la fin du dix huitième. Historiquement ces périodes correspondent au début du grand style français majestueux, grandiose qui s’impose sous Louis XIV après des années difficiles sous Henri IV et même Louis XIII  jusqu’à la révolution.

Sous Louis XIV un style français s’impose et s’épanouit après les influences de l’Italie et des Flandres. Des meubles d’ébénisterie séduisent par leur marqueterie et leur placage.  Le bureau Mazarin (nom datant de la fin du XIXe siècle), grande nouveauté avec la commode, devant lequel sans doute jamais le ministre s’assit puisque sa grande époque est de la seconde moitié du dix septième siècle, est un meuble hybride un peu bureau, un peu commode, un peu table de toilette. Le dessus est fréquemment marqueté d’écailles rouges , de cuivre, d’ébène peu adaptés à l’écriture. Il possède huit pieds avec entretoises et une petite cavité pour les jambes entre deux caissons.

Reflet de l’évolution sociale, le style Régence représente la transition entre le style Louis XIV et Louis XV et hésite entre la pompe du régime passé et la recherche de grâce et de confort d’appartements parisiens moins grandioses que Versailles. Le bureau plat, véritable  nouveauté, apparaît juste un peu avant le gouvernement de Philippe d’Orleans. avec ses trois tiroirs sans caissons, bien que d’autres en conservent cependant. Le plateau est strictement rectangulaire sans ondulation mais les lignes sont galbées.

Le style Louis XV se confond à peu près avec la durée du règne de 1723 à 1774. Progrès de l’industrie et du commerce, prospérité du pays, libération des mœurs, paix intérieure encouragent le développement des arts. L’imagination libérée ouvre la voie à de multiples inventions décoratives comme les cartouches, les arabesques ou d’autres ornements de toutes sortes. Le bureau voit ses lignes s’assouplir. Le plateau perd son côté géométrique et propose de frivoles ondulations. Les galbes s’accentuent. Les bureaux plats se décorent de marqueteries à fleur, de laque et d’ornements de bronze rocaille. Malgré ses arrondis il reste un meuble très masculin aux nobles proportions pour homme d’affaire ou haut fonctionnaire. Les meubles de 130 cm sont plus prisés aujourd’hui que ceux de 180 cm. Quand ils s’agrémentent d’un cartonnier ce sont des meubles d’exception. Il faut aussi cité les bureaux dos d’âne ou de pente, Louis XV par excellence, complètement nouveau, au succès immense, très féminin pour salon ou boudoir. Des galbes du piètement à la partie supérieure ils sont particulièrement harmonieux. Enfin le bureau cylindre fait ses débuts. C’est un bureau plat surmonté d’un cylindre qui permet de couvrir le plateau. Il apparaît tardivement et peut être qualifié de meuble transition. Pour l’anecdote il faut signaler la vente en mars 2014 à Paris d’un bureau de ce style (dim: 149x194x97,5) fabriqué par Henri Dasson au XIXe siècle, aux bronzes généreux, d’après le modèle de Oeben et Riesener pour Louis XV pour la somme de 930 000 euros!

Le  style Louis XVI commence vingt ans avant le règne. En rupture avec la rocaille le style néoclassique apparaît dès 1760. Le culte de l’antiquité remplace petit à petit la fantaisie qui a fini par lasser. La mode et le bon goût sont décidés non plus par le roi mais par de riches collectionneurs influencés  par les découvertes récentes d’Herculanum et Pompéi. Le bureau plat  substitue à ses contours sinueux des lignes rigoureusement droites. Certains sont ornés de porcelaines de Sévres. Plaqué en général d’acajou, leur sobriété n’exclut pas leur qualité qui en fait des meubles de premier ordre. Les formes varient peu et il existe des bureaux plats à caisson (voir photo). De petits bureaux de dames d’environ 1,20m de large sont fabriqués en grand nombre. Le bureau cylindre représente typiquement le style Louis XVI. Sobrement plaqué d’acajou, il ne s’enjolive pratiquement  pas de bronze. L’aspect est un peu mastoque, du coup les plus petits sont les plus recherchés.

La multiplication de ces bureaux correspond à un art de vivre, souligne des comportements et des modes de vie en constante évolution. Leurs changements d’aspect  sont cohérents avec les découvertes techniques ou architecturales et les échanges commerciaux du moment. Le mobilier français durant ces périodes rayonne dans tout l’Occident. Sa renommée demeure internationale et tous les grands musées du  monde détiennent des exemplaires de ces bureaux fabriqués le plus souvent par des artisans parisiens.

Frédéric Le Quer

 

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