BCE, journalistes et rumeurs

Par Mercredi 5 novembre 2014 Permalink 16

Les jounalistes font état de rumeurs concernant Mario Draghi et sa présidence  de la Banque Centrale Européenne. Celles-ci nous montrent un homme s’isolant dans l’exercice du pouvoir, tranchant, inabordable même pour les autres gouverneurs. Deux faits lui sont cependant reprochés; le premier consiste à avoir mis l’accent sur des perspectives d’inflation inquiétantes, le deuxième sur la taille du bilan de la banque qu’il veut grossir.

Tout cela qui était un secret de polichinelle, n’a pas vraiment l’air dramatique! Une histoire de jalousie, comme il existe dans toutes les grandes entreprises, où les seconds veulent être calife à la place du calife, n’a pas de quoi faire de longs articles ou de grandes analyses anxiogènes. Sauf, si ce n’est pas vraiment de ça dont il est question, sauf si les journalistes placent un écran de fumée pour ne pas avoir à révéler la véritable crise qui frappe l’institution.

C’est en fait à un vrai conflit auquel on n’assiste pas, mais qui est camouflé derrière les tours de Francfort, et met aux prises Mario Draghi contre Jens Weidmann. Pour le premier, ancien de chez Goldman Sachs, la monnaie est un outil, pour le second une fin. On sait l’Allemagne depuis l’épisode de l’hyperinflation de 1923 et ce qui a suivi complètement psychorigide sur les questions monétaires. La Bundesbank a garanti depuis la guerre une monnaie forte pour une nation forte et c’est une réussite incontestable. Pour que la valeur de sa monnaie soit la moins fondante possible, elle contrôle son expansion.

Résultat de cette divergence de vue, dès 2011 deux allemands démissionnent de la BCE qui a décidé de ne pas considérer leur point de vue comme incontournable. La planche à billet ne continue pas moins d’être intensément combattue. Le gouvernement d’Angela Merkell est en parfait accord avec la Bundesbank.

Dans l’eurosystème, si Jens Weidman est isolé, il s’acharne quand même à prôner l’austérité. Les relations se tendent entre le pays dominant et les autres, la confiance disparaît. La bundesbank n’hésite pas à déclarer que la liste des états nations souverains qui constituent la zone €, ne peut être garantie. C’est exactement l’inverse de ce que pense Mario Draghi. La tension prend actuellement un tour décisif et c’est un duel au sommet qui se passe entre Weidmann et Draghi. Les autres gouverneurs n’ont plus leur mot à dire, tout est débattu maintenant avant le conseil mensuel en tête à tête!

L’assouplissement quantitatif voulu par Draghi est combattu par Weidman qui veut une zone € à géométrie variable permettant aux état d’en sortir. Les journalistes dévoilent des bribes de l’événement, alors que c’est tout une conception de l’Europe qui est sur la table. C’est notre avenir qui se joue actuellement… évidemment sans nous!

Frédéric Le Quer