Bashar Al Assad ou le chaos?

Par Mardi 29 septembre 2015 Permalink 18

Après avoir donné l’impression de remettre Bashar Al Assad dans le jeu diplomatique, les Etats Unis suivis par la France font volte face, rejettent la main tendue de Moscou et vouent aux gémonies le président alaouite de la Syrie à la tribune de l’ONU.

Les alaouites, une branche des chiites suite à une fatwa de 1973, sont à la tête de l’état syrien depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est-à-dire depuis l’indépendance de la Syrie. Sous le mandat français, ils étaient aussi dans la sphère dirigeante. Autant dire qu’ils ont la peau dure et que les forces occidentales sont en train de l’apprendre à leurs dépens. Et puis surtout, ils n’ont pas vraiment le choix car il y va de leur vie: deux millions et demi d’alaouites risqueraient sans nul doute d’être assassinés s’ils quittaient le pouvoir. Pour les sunnites, ce  «sont les pires ennemis des musulmans et le jihad contre eux est un grand acte de piété»!

En faisant tomber Bashar Al Assad, ce sont donc des millions de migrants qu’il faudra accueillir en Europe. C’est une attitude politique complètement folle dans laquelle l’ingérence dans les affaires d’un pays étranger et l’inconséquence sur les suites d’actions militaires qui engendreront un drame humain encore pire que celui qui existe déjà représentent la continuation de la lamentable politique occidentale  mise en place depuis un quart de siècle dans le monde arabe. A force de vouloir donner des leçons de droit de l’homme à la terre entière, c’est un bain de sang auquel on assiste. Dire que la démocratie n’est pas soluble dans l’islam est une évidence qu’il faut hélas taire. L’Irak voisin en est pourtant la preuve irréfutable.

Alors que les extrémistes islamiques ne cessent de gagner partout du terrain comme les talibans en Afghanistan hier, alors que l’Etat Islamique a dorénavant une véritable assise géographique lui permettant d’avoir de confortables revenus, alors que le double jeu des grands amis sunnites de François Hollande est de plus en plus patent, la diplomatie occidentale se crispe montant sur ses ergots dès qu’elle entend le nom de Bashar Al Assad ou celui de Poutine. Elle n’a pourtant pas de quoi donner des leçons à qui que ce soit. Ce serait en tout cas intelligent de la part de notre pays de saisir la proposition russe concernant une grande coalition antiterroriste incluant l’Iran et le gouvernement syrien. Mais l’indépendance de la France est du passé sur tous les plans.

Frédéric Le Quer