Autour du livre de Valérie Trierweiler

Par Lundi 8 septembre 2014 Permalink 47

Valérie Trierweiler écrit moins et plus qu’un livre. Moins parce que visiblement vite rédigé, il n’a aucune prétention à être une oeuvre littéraire. Le cheminement du récit est irrégulier, des non-dits nombreux mériteraient une psychanalyse, les phrases courtes au début s’allongent à la fin du bouquin, le style est approximatif; l’ensemble est cependant très lisible avec toutefois l’impression qu’elle s’est faite aider pour le finir. Mais c’est aussi plus qu’un livre, c’est un document, le témoignage de la personne la plus proche possible sur le président de la République Française, son caractère lors de son ascension, de son installation au pouvoir, ses relations avec autrui; de ce fait l’ouvrage fera date.

François Hollande et Valérie Trierweiler se sont élevés à leur niveau d’incompétence. Elle, dès la longue campagne électorale de son compagnon, se trouve incapable de le soutenir avec pertinence. Jalousie, dépression et crises de nerf sont son lot! Il s’agace de sa faiblesse, c’est le début de la fin de leur liaison. Lui, c’est l’arrivée à l’Elysée qui montre son incapacité à assumer les responsabilités de sa charge. Par déni des réalités, par sa perte de « clairvoyance et de lucidité » il montre que « la décision durable n’existe pas chez lui ». Parallèlement il s’éloigne d’elle pour finir par la « jeter comme un mouchoir usagé ». La femme amoureuse et fragile ne s’en remet pas. Dorénavant elle le hait.

La différence d’origine sociale est « criante ». Son intelligence et sa joliesse l’ont faite passer des quartiers pauvres de la banlieue d’Angers au Faubourg St Honoré!  François Hollande est le produit de l’élite bourgeoise. Le peuple reste une abstraction que quand il le découvre par elle, il ne trouve « pas jojo »! Son milieu ce sont les dîners en ville, les médecins, les énarques, les antiquaires, « un petit monde bien jojo »… Le décalage d’un président socialiste avec les français devient cruel; avec les plus pauvres, « les sans-dents », il est abject!

D’une certaine façon il y a pire. Son mépris de la France choque quand il déclare que son plus beau jour politique est sa visite au Mali, quand il avoue ne pas aimer les handicapés qui feraient commerce de leur handicap, quand seule compte sa cote de popularité, quand il chinoise pour du pain pas assez frais alors que le pays va mal.  Son instinct de classe quand il plaint Cahusac avec son compte en Suisse, son intérêt pour la propriété qu’occupe Sarkozy au Maroc et dont ils parlent ensemble, son machisme qui le fait regretter d’être parfois passé après Ségolène Royal dessinent alors le portrait d’un orgueilleux qui feint l’empathie mais que seul lui-même et son monde  intéressent.

Les réactions à la sortie du livre sont éclairantes sur la classe politique. Le Fol, Bartelone égratignés au cours des pages et les ministres taxés d’incompétents à part Fabius le critiquent avec virulence par vengeance. La droite se sent aussi trahie par la description d’un homme qui est malgré les divergences politiques des leurs. Avec Martine Aubry l’instinct de classe est à son comble quand elle parle de caniveau. Tout un monde se rebelle alors devant un portrait où chacun peu ou prou se reconnait! La solidarité joue à plein quand la loi du silence est rompue, le monde médiatique conservateur s’indigne. Personne ne se trompe sur le caractère au minimum dérangeant et au pire profondément destabilisateur du brûlot.

La sincérité qui se dégage de la lecture rend les révélations de Valérie Trierweiler passionnantes. Si la mouvance médiatico politique s’offusque de la crudité des traits dépeints, la population française dédaignées ne peut que mieux appréhender le décalage toujours plus grand entre elle et ceux qui la gouvernent. A l’évidence François Hollande sort encore affaibli de cette séquence.

Frédéric Le Quer


 

 

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