Commémorations à Auschwitz-Birkenau

Par Jeudi 29 janvier 2015 Permalink 20

En cette semaine de commémorations du 70e anniversaire de la libération du camp de concentration de Auschwitz-Birkenau, les longues images fastidieuses des cérémonies n’ont pas réussi à faire oublier l’antisémitisme qui renaît en occident et particulièrement en France. Cependant par ci, par là, quelques témoignages intéressants d’historiens ou de rescapés ont été diffusés.

D’abord, l’histoire de ce directeur des Renseignements Généraux, parti à Berlin en 1933 est édifiante. Les nazis le reconnaissent vite comme un sympathisant de leur cause, le reçoivent bien avec entre autre une visite de la capitale en voiture et lui avouent clairement que le but d’Hitler est l’éradication des juifs. Quand le français rentre à Paris il rédige un rapport expliquant la situation. Comme tout bon rapport, il restera enfoui et ne sera exhumé que par un chercheur longtemps après la guerre.

Ensuite, la narration d’un rescapé des camps de la mort, racontée peu de temps après la libération, peint le drame de ces internements sous un angle où l’absurde est partout. L’homme explique qu’un jour un morceau de pain fut volé. Le coupable, une fois découvert, fut jugé par un tribunal de fortune constitué de déportés. La sanction le condamna à être battu à mort. L’exemplarité de la peine fit qu’aucun vol ne recommença. Le narrateur, qui présidait d’ailleurs la fameuse cour de justice, était très fier de montrer la façon dont l’ordre avait été rétabli. En prime on entend les applaudissements dans le studio de la radio approuvant la solution…

Enfin, deux déportés, dont l’un est prêtre, invité à témoigner, s’essaient à expliquer à chaud, le caractère du peuple allemand. Ils sont d’accord pour le trouver immature, incapable de faire preuve d’indépendance d’esprit avec un respect pour la hiérarchie et l’obéissance chevillé au corps.  Les mots durs utilisés au cours de l’analyse permettent d’entrevoir le drame vécu et la difficulté du pardon.

Mais en ce moment, en France, d’autres récits concernant les juifs sont calamiteux. L’histoire, par exemple, de ces parents dans l’impossibilité d’aller dans le carré israélite du cimetière de Garges-lès-Gonesse pour se recueillir sur leur fils décédé il y a trente ans. Les agressions verbales et physiques sont telles que plus aucune famille n’y va d’ailleurs… Ou alors ces adolescents, à Sarcelles, systématiquement emmenés en voiture à l’école et reconduit à la maison par leurs parents trop anxieux pour les laisser se promener seul… Et puis ces attaques récurrentes subies dès qu’un signe extérieur ou juste une apparence laissent entrevoir la judéité à Créteil, dans certains endroits à Paris, dans toute la banlieue nord…

Alors en France, il y a les attentats clairs, nets, précis, meurtriers mais il y a aussi, peut-être surtout, le sentiment, pour ceux qui n’ont pas les moyens financiers de vivre ailleurs, d’être des français juifs abandonnés par la république, oubliés des hommes politiques plus attentifs aux besoins de ceux qui croient à Mahomet, principalement parce que bien plus nombreux. Les intérêts électoraux sont en train de façonner un pays antisémite. Ce ne sont pas les images de bougies allumées à Auschwitz-Birkenau et diffusées par les médias pour se donner bonne conscience ou les discours convenus, oubliés sitôt terminés, qui rétabliront une paix sociale dont une partie de plus en plus vaste du territoire ne bénéficie plus.

Frédéric Le Quer