Arte povera

Par Dimanche 24 janvier 2016 Permalink 1

Nous parlons souvent ici d’enchères exceptionnelles dénotant l’engouement provoqué par certains objets rares auprès d’acheteurs souvent richissimes. Mais la valeur vénale des œuvres d’art ne se juge pas en soi mais est une question de mode, de gout du moment, de l’aspiration d’une époque. De ce fait, certaines choses n’ont pas la cote alors qu’elles l’avaient hier et la retrouveront probablement demain. Les meubles en arte povera sont de celles-ci.

Indéniablement les meubles de manière générale ne trouvent jamais facilement preneur en salle des ventes. Concernant ceux en arte povera, c’est encore pire! Estimation trop élevée, fragilité de la technique? Toujours est-il qu’entre 2013 et 2014 plusieurs de ces meubles sont passés en salle des ventes sans jamais être vendus.

L’arte povera fut développé en Italie du nord, à Venise dans le cours du XVIIIe siècle. Pour un coût moindre, il permettait de rivaliser avec les laques asiatiques ou le vernis Martin(1). La gazette Drouot explique que « les décors y sont réalisés à l’aide de gravures découpées, assemblées puis collées sur une surface peinte au préalable. Le tout est recouvert d’une vingtaine de couches de vernis appliquées au tampon ». Le procédé est donc plus rapide, moins honéreux. De plus les scènes moins exotiques relèvent souvent de la culture populaire de cette région et s’en trouvaient pour cela très prisées. « S’en trouvaient » car voici 3 exemples d’invendus:

Le meuble scriban, en une, de Venise au XVIIIe siècle dimensions 252x120x60 cm fut proposé à Enghien chez Goxe, Belaisch svv le 27 janvier 2013 assorti d’une estimation allant de 30 000 à 35 000 €. Ravalé! (argot des salles de vente signifiant invendu)SAM_0997

Le cabinet ci-dessus proposé à Drouot par Europ Auction svv, le 22 mars 2013, est décrit comme suit: en bois noirci décor arte povera figurant des putti, guirlandes de fleurs, oiseaux, papillons, architecture animée de personnages, époque Louis XV, 110x77x40 cm. Il était estimé entre 60 000 € et 80 000 €. Ravalé!SAM_0998

Enfin, ci-dessus, un secrétaire dos d’âne du XVIIIe, d’une belle provenance, mesurant 92x99x50 cm n’a pas non plus trouvé preneur le 24 avril 2014 au Crédit Municipal de Nice.SAM_0999

Pour conclure, il faut noter que le mobilier contemporain s’est parfois réapproprié l’esprit de l’arte povera (2) avec par exemple les frères Campana qui conçoivent un « design « tiré de la rue », à mi-chemin entre l’Arte Povera et la production industrielle d’objets de design, et ont pour matériaux de prédilection des objets de récupération. » (image ci-dessus)

Frédéric Le Quer

 

(1): Voir l’article: du laque au vernis Martin

(2): Voir l’article: le design contemporain