Anti système, ça ne fait pas tout

Par Lundi 27 juin 2016 Permalink 3

La relative défaite de Podemos en Espagne lors des élections législatives dénote les limites de son positionnement anti système sur l’échiquier politique. Aucune progression depuis décembre dernier concernant le nombre des députés obtenus, pire une érosion en terme de voix apparaît.

L’internationalisme ne fait plus recette. Il ne suffit pas d’être anti système pour plaire aux électeurs, encore faut-il être souverainiste. C’est l’immédiate conclusion qui vient du scrutin d’hier. L’exemple du parti grec Syriza, l’équivalent de Podemos, dont la popularité s’effrite continuellement n’était pas à prendre à la légère. Si son opposition se révèle un peu entreprenante, son gouvernement ne passera pas l’été. Podemos, lui, n’est pas prêt de gouverner sauf dans le cadre d’une magouille avec les socialistes du PSOE. Et pourtant, les espagnols sont majoritairement insatisfaits de la façon dont Rajoy les dirige. Cette situation n’est pas le problème de la quadrature du cercle, mais juste une offre politique toujours pas en adéquation avec la volonté populaire.

L’Italie vient de voir le parti 5 étoiles remporter les municipales partielles. Politiquement, il est clairement anti système, comme Podemos, mais son orientation souverainiste est à l’opposé du mouvement espagnol perdu dans ses fantasmes soixante huitards. Les européens dans leur ensemble souhaitent incontestablement reprendre en main leur destin et se réapproprier leur culture. C’est d’ailleurs le sens du vote anglais qui ne révèle pas un problème de pognon mais un problème identitaire. Le peuple est bien plus désintéressé que ceux qui le dirigent. Il veut avant tout qu’on respecte ce qu’il est, d’où il vient sans chambouler un avenir qu’il ne souhaite pas être si différent que ça du passé. Tous les peuples de la terre sont comme ça. L’Union Européenne est une organisation farfelue qui veut à n’importe quel prix modeler des citoyens en se moquant de leur culture millénaire.

Ces résultats devraient aussi être riches d’enseignement pour Mélenchon, dans la même mouvance qu’Iglesias, le chef de Podemos. Bien sûr, il récupérera des voix socialistes à cause de la décrépitude du gouvernement, mais ce sera loin de faire la rue Michel! S’il continue à refuser de se positionner en souverainiste, ses critiques contre l’UE ne feront pas mouche car les électeurs ne verront pas ce qu’ils ont à gagner avec lui, comme ils n’ont pas vu hier ce que Podemos leur proposait de vraiment alternatif.

Frédéric Le Quer