Angela Merkel est ennuyée

Par Mercredi 11 février 2015 Permalink 27

Angela Merkel se rend bien compte du désamour que subit son pays. L’Allemagne bashing est devenu le sport national des pays du sud de l’Europe. La Gèce, évidemment, l’Espagne, l’Italie s’y livrent avec délectation; les médias français, après s’être déchaînés l’été dernier, voir l’article « L’Allemagne » du 10 septembre 2014, ont probablement eu pour consigne de mettre de l’eau dans leur vin afin de ne pas irriter davantage le grand voisin.

Donc tous les maux viendraient de ces horribles teutons. Le journal Die Welt remarquait hier que l’Allemagne était accusée de la pauvreté en Europe du sud et que les caisses vides des états grecs, italiens ou espagnols étaient sa faute! « L’Allemagne attise la haine du monde entier et va bientôt avoir à payer pour ses crimes sanglants » ou encore « nous ne voulons pas des allemands » sont le genre de déclarations qui d’après le journal font florès dans ces pays.

L’inflation tue la rente. La déflation broie l’endetté. La dette étrangle inexorablement l’Italie ou l’Espagne. L’endettement des états est l’impôt des ménages et des entreprises, impôt jamais suffisant quand la déflation règne. Alors l’endettement devient la cause incontournable de l’appauvrissement due à la déliquescence forcée des services publiques, aux baisses de salaire, à la précarité de l’emploi. La qualité de la rente des allemands est actuellement le pendant du poids insurmontable de la dette des autres.

La monnaie unique attise alors les haines. Les allemands qui se sont sacrifiés pour leur réunification ne voient plus de raison pour le faire encore pour des peuples qui leur sont peu. Les limites de cette Europe économique et financière se heurtent à un problème d’assimilation au sein même du continent. Quelle solidarité à attendre d’Helsinki, de Berlin, de Vienne pour Athènes, Rome ou Madrid?  A exacerber la comparaison entre des économies fondamentalement divergentes, l’€ met en exergue des différences de niveau de vie des ménages qui choquent les plus pauvres pour qui le soleil devient le seul capital.

Angela Merkel semble avoir compris. Il en va de la paix que les mentalités en Europe cessent de se monter les unes contre les autres. Le sacrifice de quelques pays ne fera pas à long terme le bonheur du continent. Une monnaie unique à géométrie variable est la solution. Les pays méditerranéens doivent pouvoir se refaire une santé en quittant le giron de Francfort sans que ce soit la fin du monde.

Mais si la chancelière semble avoir admis cette idée avec l’ensemble des dirigeants du nord, l’oligarchie des pays du sud la rejette catégoriquement au mépris des intérêts de son peuple. Cette petite catégorie de gens au pouvoir tient sa crédibilité, ses avantages et sa richesse de la zone € et ne veut rien abandonner quitte à jeter son propre pays dans la misère. Et c’est ce qu’elle fait en tentant de s’accrocher désespérément au modèle allemand et en ruinant ses compatriotes. Alors en ce moment elle a peur. Peur de voir la Grèce sortir et s’en sortir! Ce précédent ruinerait la campagne de communication qui affirme depuis des années que sans l’€ point de salut et lui ferait perdre toute légitimité.

Si le chaos économique submerge l’Europe du sud, la responsabilité n’en revient pas à l’Allemagne d’Angela Merkel. Les caciques de ces pays arc-boutés sur leurs privilèges ne sont pas prêts à renoncer à ce qui a fait leur carrière. Ils soutiendront l’€ contre vents et marées avec l’aide des multinationales et leurs médias pour continuer à berner le peuple bien que les économies soient incompatibles!

Frédéric Le Quer