Anecdote à Drouot à propos d’un dessin

Par Dimanche 12 avril 2015 Permalink 12

Cette semaine à l’hôtel des ventes de Drouot lors d’une vente courante organisée par la SVV Jean-Marc Delvaux dans l’une des salles du rez-de-chaussée, un événement relativement singulier est arrivé.

Le dessin présenté ci-joint fit l’objet d’une bataille d’enchère devant le commissaire priseur presque à son corps défendant.  En effet, au moment où le lot est présenté, il se tourne vers une de ses collaboratrices qui n’hésite pas à lui dire qu’il peut annoncer le lot comme étant bien du XVIIIe siècle, ce dont visiblement il doutait, mais ce qu’il fait après lui avoir redemandé confirmation. Il présente donc un dessin avec rehauts de blanc. Il signale la signature Boucher en bas à gauche comme apocryphe, présentant l’oeuvre comme d’après le maître ce qu’un cartouche sur le cadre, que le commissaire priseur dit être encore plus apocryphe, confirme. Donc nous avons un dessin du XVIIIe siècle, une signature Boucher et un cartouche sur le cadre marqué « d’après Boucher ».

Logiquement, comme pour un bon dessin ancien anonyme dans une vente non cataloguée, il commence les enchères à 300€. Et celles-ci montent vite! A 5000€, mon voisin me rappelle que c’est parti de 300, à quoi je réponds que s’il s’agit d’un Boucher, à ce prix c’est encore un cadeau. A mon grand étonnement il me répond qu’il ne connait pas et je ris sous cape… Le feu continue  et le prix se fixera à 10 000 € par téléphone et l’acquéreur devra ajouter environ 25% de frais.

Le dessin acheté est juste garanti par le commissaire priseur comme étant du XVIIIe siècle et l’acheteur a pris son risque en pariant sur le fait que c’est bien un dessin de François Boucher. Pour valoriser cet achat, il ne suffit pas qu’il s’agisse bien d’un original, mais il devra être reconnu comme tel sur le marché et le petit monde de l’art. Pour ça, le propriétaire, surement une galerie mais pas certain, doit avoir un excellent carnet d’adresse afin de convaincre les gens qui comptent dans ce domaine. L’histoire ne fait donc que commencer et si elle se termine bien, le prix d’achat sera multiplié par dix!

Frédéric Le Quer