Alexis Tsipras, tu l’aimes ou il te quitte!

Par Mardi 27 janvier 2015 Permalink 15

Un peuple a refusé dimanche, sans la moindre ambiguïté, l’Europe telle qu’elle est conçue. Alexis Tsipras en a pris acte  et a décidé immédiatement de pactiser avec le parti des Grecs Indépendants. Le nom est déjà tout un programme! Une gauche radicale et une droite souverainiste, la main dans la main, sont résolument décidées à en découdre avec la troïka, BCE, UE, FMI.

Les médias français avec une belle unanimité font la sourde oreille. Rien n’est possible, Syriza doit forcément se soumettre, son leader obtiendra des clopinettes mais quelques arbitrages secondaires l’autoriseront à faire bonne figure, il a tout promis pour être élu et oubliera vite… Ces commentaires assez répugnants en disent long sur l’état moral de nos élites… C’est le syndrome François Hollande: rien n’est possible, donc rien n’est faisable, le mieux est d’espérer une conjoncture, un jour, forcément meilleure et en attendant faire semblant! Mais quand l’un part en vacances se reposer après une campagne électorale considérée comme une fin en soi (comme son prédécesseur d’ailleurs!),  l’autre est en train d’enfiler les habits de chef d’état sans perdre une minute.

Alexis Tsipras effraie en fait tous les partis européens aux affaires de droite ou de gauche. Sa politique peut constituer un précédent épouvantable, du point de vue des caciques, évidemment, si la Grèce en quittant l’€  et dédaignant ses créanciers (honteusement, dans ce cas, passées des banques aux contribuables), comme n’importe quel argentin ou même islandais, parvenait à retrouver un niveau de vie bien meilleur à celui d’aujourd’hui. Ce n’est pas la décrépitude du pays, sa dette éternelle, son rôle de repoussoir social qui dérangent le plus. C’est l’éventuelle réussite d’une stratégie basée sur un retour au souverainisme, à l’indépendance, en ignorant ce que ne cesse d’imposer d’autres pays européens dominés, eux, par les marchés financiers. Tout, partout, serait remis en cause et, au premier chef, la nomenklatura actuelle!

Si à droite, la discrétion est de mise, en revanche, nos socialistes français se félicitent avec une belle unanimité, toute honte bue, de l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras. Pour un peu, ils seraient d’accord avec lui! La peur d’être ringardisés, la volonté de s’accrocher aux branches à tout prix les poussent à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Félicitations et encouragements sont de rigueur. Mais personne n’est dupe: c’est une claque formidable envoyée à la ligne politique conservatrice de François Hollande depuis son arrivée au pouvoir. Les peuples européens veulent aujourd’hui renverser la table!

Alors sur le laboratoire grec pèse une responsabilité énorme. Tout abandon d’Alexis Tsypras, à l’autel de la pensée unique voulue par Bruxelles, désespérera. Celui qui incarne l’espoir d’une autre politique n’a pas le droit de décevoir sous peine de désillusionner des masses dont personne ne peut prévoir la réaction. L’avenir de la démocratie occidentale est sur les épaules d’un pays dont la civilisation, a déjà par le passé, fait l’histoire du monde.

Frédéric Le Quer

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