Alain Juppé

Par Mercredi 4 février 2015 Permalink 15

Alain Juppé qui déclarait concernant l’immigration, au temps du RPR, « le seuil de tolérance est franchi », veut dorénavant évoluer dans les eaux calmes du politiquement correct, de l’acceptation de la différence, de l’enrichissement par la différence. Du coup, le monde médiatique est à ses genoux mais les français plutôt rétifs restent à conquérir.

Le meilleur d’entre eux a donc viré sa cuti. Deux chemins s’offraient à lui pour satisfaire son ambition de devenir président de la république. Ou bien il marchait dans les pas de son parti gaulliste des années 80, de Pasqua, Debré, Chirac première mouture, et s’inscrivait dans un souverainisme intransigeant, ou bien il profitait de ce parti fourre-tout qu’est l’UMP, pour manifester les aspirations centristes caractérisées par leur européisme et leur mondialisme.

Le chemin du souverainisme est bien encombré. Marine Le Pen en est la figure de proue et, en évitant les errements de son père, représente une alternative politique et économique de plus en plus crédible. Nicolas Dupont Aignan, bien que le discours clair soit attirant, manque de légitimité démocratique pour l’instant et n’est certainement pas, sur cette ligne du souverainisme, un adversaire insurmontable. Nicolas Sarkozy, en revanche, prêt à tout pour retourner à l’Elysée, grand habitué des déclarations tonitruantes sans lendemain, bloque curieusement et malgré ses états de service en faveur de la mondialisation, cette voie étroite d’une droite paraissant forte et semblant attachée à l’indépendance du pays.

Le chemin « droit de l’hommisme » est plus subtil. Il parie d’abord sur l’effondrement électoral du parti socialiste suite à la calamiteuse présidence de François Hollande et d’une France gaucho-bobo laissée en dés-errance. En effet, cet électorat est capable de glisser un peu plus à droite à condition que l’homme politique soit perçu comme quelqu’un d’intelligent, ce qui est le cas et n’offre pas d’aspérités trop clivantes. Alain Juppé s’attache donc à avoir ce fameux langage, qui montre qu’aucun changement profond n’est à attendre, qui ne choque pas et qui loue le modèle identitaire français. Ce nouveau parcours l’amène bien sur à récupérer toutes les voix centristes de François Bayroux et consorts, européens jusqu’au bout des ongles et quelques soient les échecs rencontrés. Enfin, le vote musulman, plus vraiment négligeable quand ses tenants se déplacent dans les urnes, lui est acquis depuis qu’il fait tout dans sa bonne ville de Bordeaux pour leur être agréable. Ajoutons aussi tous les électeurs distraits qui se méprendront sur l’homme nouveau!

Alain Juppé a donc choisi sa voie peut-être aussi suite à son exil forcé. Quoiqu’il en soit, il veut être le candidat social démocrate de la présidentielle de 2017. En forçant son parti politique à se déchirer (les militants sont bien plus proches de Marine Le Pen que des socialistes!), il espère profiter d’une rupture qui le fera apparaître comme l’homme du consensus. Mais, au fait, ne somme nous pas en train de mourir de cette fameuse recherche du consensus?

Frédéric Le Quer