Accident de car ou inondation

Par Samedi 24 octobre 2015 Permalink 5

Existe-t-il quelque chose de plus important qu’un accident de car ou une inondation? Les médias sont mobilisés pour informer du moindre détail surtout si l’horreur des images côtoie l’émotion des personnes concernées. A la limite, ils sont dans leur rôle même si gros sabots et grosses caisses sont réquisitionnés et que délicatesse et finesse risquant de faire perdre de l’audimat sont ignorées.

Mais le plus choquant dans ce genre de faits divers est la récupération politique. Tous les ministres du gouvernement, leur chef, et le président de la république s’expriment de la manière la plus compatissante qu’il soit devant les micros. Ils n’ont pas d’airs assez affligés, de phrases assez émouvantes pour s’exprimer. Leur apitoiement est là pour  montrer leur lien indéfectible avec le pays frappé tout entier. S’ils osaient, ils instaureraient quelques jours de deuil national comme en Afrique. Rien n’est assez démonstratif  dans ce genre de séquence puisqu’ils savent pertinemment que cette attitude fera l’unanimité derrière eux.

Ces affreux accidents sont donc l’occasion de se refaire une santé politique. Toute honte bue, un jour nous en verrons un pleurer devant les caméras, ils s’expriment toute la journée en prenant la pose, l’air sérieux, le ton grave, accompagnés d’une ribambelle de fonctionnaires pour souligner l’importance des mots dits. On hésite entre les médecins de Molière et les précieuses ridicules… Mais c’est surtout toute la vacuité du pouvoir qui est soulignée.

Nos dirigeants sont incapables d’avoir des résultats sur ce pour quoi ils sont élus. De la crise économique au malaise culturel français, ils s’avèrent être impuissants à infléchir, pour le bien de tous, l’orientation désastreuse du pays. Volonté délibérée ou totale incapacité, sans doute les deux réunis, les entraînent à ne plus peser  sur la vie des français et à transmettre ce rôle à des structures supranationales comme l’Union Européenne ou les multinationales.

Quand la démocratie devient un leurre, les représentants élus ont pour seul mission d’inaugurer les chrysanthèmes. Un affreux accident de car ou une terrible inondation permettent de parader sans avoir à se frotter au noble exercice de la politique. Quand on a rien à dire, c’est parfait.

Frédéric Le Quer

PS: Depuis quelques jours le blog est censuré par Facebook qui empêche les liens directs avec les articles. Leur parution continuera à y être toutefois mentionnée.